Jour 83 à Jour 87: Valparaiso la colorée

C’est avec une grosse demi-heure de retard que notre bus de la Turbus se met en route en direction de Valparaiso. Le trajet va durer environ 7h sans qu’il ne se passe quoique ce soit d’exceptionnel de notable à raconter. C’est par contre la première fois que nous héritons d’un bus dans un tel état de délabrement, nous rappelant immédiatement certains bus utilisés au Pérou et en Bolivie. De plus, et alors que nous avions été achetés nos billets cinq jours à l’avance, nous n’avions pu avoir de places côte à côte: c’est le bus du matin qui va à Valparaiso, les autres partant soit très tôt (avant 6h) soit très tard (après 23h) ! Bref, il est donc plus de 17h quand nous débarquons sur le macadam du terminal de bus de Valparaiso … Valpo pour les intimes. Nous sortons de celui-ci afin d’attraper un taxi qui doit nous emmener jusqu’à la chambre d’hôte ou j’ai réservé mais il n’y en a pas un seul. Nous attendons patiemment à l’endroit indiqué mais c’est une vertu que je ne possède que très peu, ce qui fait que je me mets en quête d’un taxi le long de la chaussée. Il ne me faut alors que deux minutes pour en attraper un qui après nous avoir chargé, mets le compteur en route ! C’est bien la première fois en trois mois qu’un chauffeur ne donne pas un prix à l’avance et c’est finalement assez déroutant … et très cher ! 4500$ pour une course de moins de trois kilomètres, c’est certainement le plus cher rapport prix/kilomètre depuis le début de notre voyage.

Nous arrivons donc à la maison d’hôte appelée « La Maison de la Mer » et tenue par Bernard, un français installé ici depuis plus de quarante ans. Nous arrivons en même temps qu’un autre homme, français lui aussi, mais qui n’a pas réservé ce qui ne manque pas de perturber énormément notre hôte qui ne comprend pas très bien qui est qui. Quand enfin le franc tombe, nous pouvons avoir la clé de notre chambre non sans être passé d’abord à la questionnette: en nous montrant une photo du Mont St-Michel, nous devions dire dans quel département il se trouve … Gare à celui qui ne répond pas la Normandie qui est d’après ce que l’on a compris son pays d’origine. Ensuite, nous avons droit à une multitude de recommandations sur la ville, notamment sur la sécurité qui est apparemment un véritable problème ici: rien dans les poches, l’appareil photo sorti que pour faire une photo et directement rangé dans le sac, pas question d’aller dans tel ou tel quartier, … Bref, on se croirait dans le Bronx des années 90 ! Quand nous pouvons enfin déposer nos sacs dans notre petite chambre double, il est déjà 18h et nous n’avons plus le courage d’aller faire des courses pour se faire à manger, nous irons donc manger dans un restaurant.

Ca tombe bien, d’après tripadvisor, une des meilleurs pizzéria de la ville se trouve non loin d’ici ! Nous sortons donc de notre logement afin de faire nos premiers vrais pas dans la ville. Il est important de comprendre la topographie un peu particulière de la ville: Valpo, c’est un énorme port entouré d’un quartier le long de la mer. Tout le reste de la ville se trouve sur ce qu’on appelle ici des cerros – des collines – au nombre de 45 qui accueillent autant de quartier. La physionomie de la ville est telle qu’il a été impossible de réaliser ici un plan en cuadras (les rues se croisent à angle droit) comme dans la quasi-totalité de l’Amérique du Sud ce qui fait que si on prend un plan de la ville, c’est dans un véritable labyrinthe dans lequel nous nous aventurons. De plus, ces cerros ne sont pas de gentilles petites collines mais de vrais petits sommets qu’il faut quasiment escalader et pour en descendre, ce sont bien évidemment les genoux qui ramassent le plus !

Notre première impression est, il faut le dire, un peu mitigée … Certes, partout les maisons explosent de couleurs incroyablement chaleureuses mais de nombreux tags les recouvrent (je ne parle pas du véritable street art que nous pourrons admirer le lendemain mais de vrais et laids tags sans intérêt), les rues sont incroyablement sales à cause des quantités de chiens errants et les gens sont … très différents des autres chiliens: beaucoup moins souriants et si on voulait faire dans le cliché, nettement moins présentable … Aucun souci néanmoins pour arriver à la pizzéria si ce n’est que les deux escaliers qui nous auraient permis de couper nettement notre trajet ont leurs grilles fermées ce qui nous oblige à faire le grand tour. Arrivé à destination, nous commandons chacun une pizza dont nous ne mangerons que la moitié tant elles sont énormes … et délicieuses ! Nous décidons donc que ça sera aussi notre repas du lendemain et nous embarquons les restes. Chance pour nous, nous trouvons très vite un taxi-collectivo (notre hôte nous avait donné le numéro de celui qui passait devant chez lui) qui pour 1500$ (pour deux) nous emmène jusqu’au sommet de la colline en quelques minutes. Le trajet nous a épuisé, nous ne tardons pas à nous mettre tranquille dans la chambre.

Le lendemain matin, nous profitons d’une connexion acceptable pour faire un skype et pour aller faire des courses au supermarché, tout en bas de la colline. Heureusement, malgré le fait que nous soyons dimanche, tous les services fonctionnent normalement et nous pouvons reprendre un collectivo pour rentrer, charger comme des ânes pour … 800$ pour nous deux ! Je ne saurai jamais si la veille nous nous sommes fait avoir par un chauffeur malveillant ou si nous étions passé dans l’horaire de soirée mais quoi qu’il en soit, c’est la le montant que nous payerons systématiquement par la suite.

Durant l’après-midi, nous décidons qu’il est temps d’aller découvrir un peu plus la ville direction le centre historique situé sur le cerro Concepcion et le cerro Alegre. C’est un des quartiers safe de la ville d’après notre hôte et certainement le plus intéressant. Nous entreprenons donc de nous y rendre en partie à pied et en partie grâce à un ascenseur. Déjà dans la rue voisine de la notre, je commence à prendre les premières photos d’une longue série car tout ici, est coloré ! Ca explose de partout, que ce soit les façades ou les escaliers, et l’un ou l’autre dessin sont déjà intéressant. Si on fait abstraction de la saleté (due principalement aux chiens), la ville est déjà franchement plus jolie sous le soleil comme maintenant !

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Près du port, c’est nettement moins le cas mais nous ne nous y attardons pas car c’est aussi ici que traîne une grosse majorité de gens complètement alcoolisés que nous ne souhaitons pas cotoyer. Nous continuons notre chemin jusqu’à arriver à l’entrée de l’un des nombreux ascenseurs (ascensor Concepcion) encore en activité dans la ville. En réalité, ce sont plutôt des funiculaires mais comme ça ne change rien, nous payons les 300$ demandés par personne afin de gravir en une minute le plus gros de la pente.

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C’est en regardant derrière nous que nous aurons une très belle vue sur le port en contrebas avec ses nombreux navires marchands et militaires. Je tente de prendre une photo mais nous sommes déjà arrivé et je n’aurai aucun regret car en sortant de là, la vue est tout à fait identique !

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Nous voilà donc dans le quartier historique de la ville. Ce que l’on peut dire directement, c’est qu’on a gardé ici le plus beau de la ville et qu’on en a banni le reste: pas – ou peu – de déchet, beaucoup moins de tags et pas de gens complètement pété ! Par contre, les maisons rivalisent de beauté avec leurs couleurs incroyables et le street art est ici superbement représenté. Pas une rue sans ces deux composantes qui offrent un spectacle incroyable pour qui prend le temps de l’admirer. Ca tombe bien, nous ne sommes absolument pas pressé et complètement sous le charme de ce que nous avons sous les yeux ! Nous déambulons donc pendant des heures à travers ce quartier qui change complètement mon avis négatif de la ville en avis très positif. Rien que pour cet endroit, Valparaiso mérite d’être visitée !

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Pour grimper au cerro Alegre (qui est donc le prolongement du cerro Concepcion), il faut gravir une volée d’escaliers tout aussi coloré que le reste et qui amène à un petit muret portant une inscription qui sonne bien: « We are not hippies, we are happies » sur fond multicolore.

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Et lorsque l’on s’assied sur ce muret, on se retrouve à contempler tout en bas l’océan et le port. C’est vraiment superbe et l’ambiance est nettement plus reposante qu’en bas.

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Deux petits bémols quand même: la présence de beaucoup beaucoup trop de voitures stationnées ici et la présence tout aussi nombreuses de câbles électriques qui obligent à des contorsions bizarres si l’on souhaite prendre une photo sans eux (ce qui est rarement possible en réalité). Autant ceux-ci font partie du « paysage » autant les voitures sont vraiment énervantes, d’autant plus que leurs conducteurs n’ont pas l’air très à l’aise dans des rues aussi étroites ! Nous finissons notre visite de ce quartier incroyable en allant boire un verre (et pas forcément beaucoup plus cher qu’ailleurs étonnamment: 3500$ le gros mojito soit 7000 auquel il faut rajouter l’inévitable pourboire obligatoire de 10% !) sur une terrasse offrant une magnifique vue sur le quartier environnant.

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Lorsque nous décidons de redescendre au niveau du port, nous le faisons cette fois à pied en empruntant un grand escalier qui nous ramène dans le bruit du « centre-ville ». Il ne nous faut plus que rejoindre le point de départ des très nombreux collectivos et de trouver le bon qui nous ramène à nouveau en quelques minutes à notre maison d’hôte. C’est vraiment de loin le meilleur système pour se déplacer et clairement, un système pareil aurait un succès dingue chez nous !

Pour notre deuxième journée complète à Valparaiso, nous décidons d’en sortir un peu et d’aller voir Viña del Mar, la plus grosse station balnéaire du Chili et qui se trouve à une quinzaine de minutes en « métro ». Pour s’y rendre, nous descendons donc jusqu’au port armé d’une carte prêtée par notre hôte. Cette dernière nous permet de franchir directement les barrières à l’entrée de la station et d’attendre ce métro (qui ne le devient en fait qu’à partir de Viña car avant c’est plutôt un tram). Rien de bien compliqué à tout cela et lorsque nous arrivons à la station Miramar ou l’on nous a conseillé de nous arrêter, nous n’avons plus qu’à présenter la carte à une employée à qui l’on règle la course. Je dois avouer que l’intérêt me semble assez limité car elle ne sait apparemment pas voir d’ou l’on vient et elle ne mise que sur notre honnêteté. Néanmoins, quand nous avons réglé ce que nous devons (900$ pour deux), elle nous rend la carte qui nous permet de franchir la barrière.

Nous nous retrouvons alors en plein centre-ville sans aucune idée d’ou se trouve la mer. Durant tout le trajet, nous l’avons longé mais quelques minutes avant d’arriver, nous avons plongé sous terre et visiblement nous nous en sommes éloigné. Je dois donc demander mon chemin à un des rares commerçants ouverts aujourd’hui (nous sommes lundi ce qui est déjà un motif suffisant pour que rien ne soit ouvert mais en plus, nous sommes la veille d’un jour férié donc beaucoup de gens font le pont !) qui nous indique de suivre durant une dizaine de minutes l’avenue sur laquelle nous nous trouvons. Il fait chaud, une trentaine de degrés voir un peu plus,  mais un léger vent nous rafraichit ce qui fait que la courte balade est agréable.

Nous finissons par arriver au niveau de l’horloge à fleur dont le compagnon de notre hôte nous avait parlé sans que l’on comprenne exactement ce qu’il en était. C’est en fait un parterre de fleur sur lequel on est venu installer une grosse horloge … c’est loin d’être beau, c’est même limite kitch mais ça passionne les nombreux touristes arrivés ici en car et très bien habillés. Nous ne nous attardons pas et finissons de traverser la grosse chaussée pour arriver face à une petite plage surpeuplée de monde. Il y a de tout ici: des jeunes, des moins jeunes, des familles et comme souvent, quelques sans-abris complètement beurré. On nous a mis en garde sur l’océan et sur la force des vagues qui s’écrase ici et effectivement, on ne nous a pas menti. Plus le temps passe et plus celle-ci se renforce jusqu’à inonder subitement les gens qui s’étaient pourtant installés à distance raisonnable du front de mer. De plus, l’eau est apparemment très froide et pas forcément très propre car les égouts s’écoulent pas très loin de là. Pour notre part, nous restons sagement sur la petite digue en buvant un coca à l’abri d’un parasol tout en observant ce petit monde nettement plus bourgeois qu’en ville.

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Il faut avouer qu’à part les parasols de notre terrasse qui s’envoleront quasiment tous d’un coup provoquant une jolie pagaille, il ne se passe pas grand chose et après plus d’une heure de détente, nous décidons de rentrer prendre l’apéro. Le trajet du retour se fera de la même manière qu’à l’aller: métro et collectivo.

Il faut avouer que pour notre dernière journée, nous ne savons pas très bien quoi faire ici. Valparaiso est une ville étrange et si ce n’est le quartier historique, nous ne voyons pas grand chose d’autres à aller voir si ce n’est des musées qui ne nous intéresse pas du tout. Il y a non loin de notre maison d’hôte, la maison de Pablo Neruda, un poète chilien mondialement connu et décédé dans les années 70 mais comme le reste ça ne nous botte pas plus que ça. Nous referons bien une tentative pour retourner boire un verre dans le quartier historique mais nous ferons chou blanc: à notre arrivée, le restaurant-bar est littéralement pris d’assaut et la seule table disponible se trouve à cinquante centimètres d’un chanteur braillard ! Nous irons donc acheter un apéro que nous boirons tranquillement dans le jardin de notre hôte et qui se prolongera jusqu’à l’heure de souper.

Le lendemain, nous quittons notre maison d’hôte sur le coup de 11h30 afin de monter dans le taxi qui nous avait été réservé. Pour le même motant qu’à l’aller, nous arrivons au terminal et nous nous rendons au bureau de Turbus pour y acheter notre ticket de bus jusque Santiago (3000$ par personne). Ce dernier démarre trois minutes après que nous soyons assis et le trajet durera pratiquement deux heures jusqu’à notre arrivée au terminal Alameda. Pour nous rendre à l’hostel ou j’ai réservé, il existe deux solutions: la plus rapide et la plus onéreuse aurait été de prendre un taxi mais nous décidons de faire une petite économie en essayant le métro de Santiago. Depuis le terminal, il y a un accès direct à celui-ci et après avoir réglé les 660$ (par personne), nous descendons le long du quai. Toute l’infrastructure que nous verrons se révélera propre, moderne et d’une étonnante facilité d’utilisation. Pour nous rendre à la station la plus proche de notre hostel, nous allons devoir prendre trois métro et à chaque fois, la direction pour se rendre sur le bon quai est notée sur des panneaux et sur le sol ! Quand on voit le métro bruxellois, on en est encore loin ! Bref, il ne nous faudra pas plus de vingt minutes pour réaliser l’ensemble de notre trajet et nous n’avons ensuite plus que deux blocas à parcourir pour être accueilli par Adolfo (ça ne s’invente pas), un homme charmant qui est le gérant de notre hostel. A première vue, Santiago a l’air plus agréable que ce l’on nous en a dit mais nous en serons plus à notre retour de l’Île de Pâques dans une semaine !

2 réponses à “Jour 83 à Jour 87: Valparaiso la colorée”

  1. ségues annie dit :

    Bonjour Anthony, comme vous nous avons adoré Valparaiso que nous avons visité après Santiago. Santiago est aussi une ville intéressante si on se penche sur l’histoire du pays . Le musée des droits de l’homme est une mine de renseignements et je suis comme vous je ne suis pas fana des musées mais la c’est quelque chose ! .
    Continuez à nous émerveiller avec vos récits, je les attend avec impatience avant de préparer notre voyage en Argentine pour lequel je vous demanderais des conseils lorsque je l’aurais un peu plus affiné.
    Continuez et merci.
    A et B

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    • Arrondo dit :

      Valparaiso fait vraiment envie..Vina del mar. .je laisserai de côté . Merci pour toutes les infos et j’ai hâte de vous suivre sur l’île de Pâques .
      Marijo
      Si Annie Segues veut me contacter, pour partager préparation voyage Argentine/Chili…

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