Jour 43 à Jour 47: Arrivée à Puno et le lac Titicaca

Deux jours se sont écoulés à Arequipa sans que nous ayons vraiment grand chose à faire qu’attendre le rendez-vous pris pour mon épouse. Le trajet du retour de Cotahuasi a été fatiguant et nous en profitons pour nous remettre convenablement sur pied, pour donner de (très) longues nouvelles aux proches et pour mettre en ligne photos, vidéo et récit en ligne sur Cotahuasi. C’est donc une première journée « off » à Arequipa.

La deuxième sera à peu près du même acabit ! Si ce n’est qu’après un nouveau skype, nous nous rendons dans une boulangerie « française » tenue par une ONG (Rayo del Sol, sur la Calle Bolivar, près de la caserne des pompiers) s’occupant d’enfants péruviens. Nous avions rencontré la veille le responsable et une de ses vendeuses bénévoles (tous français) durant notre repas du midi. Ils vendaient des viennoiseries dans la rue et étaient rentrés dans le petit restaurant ou nous étions. Etant donné que nous venions de commander à manger, nous leur avons promis de passer le lendemain à leur local leur servant de lieu de vente afin de prendre un petit-déjeuner bien de chez nous ! Chose promise, chose due, il est presque dix heures quand nous arrivons chez eux et que pour trois fois rien, nous dégustons de très bons produits (pain au chocolat, tortillon et surtout d’excellent croissant au caramel !). Le responsable n’est pas des plus agréables (nous nous sentons terriblement jugé de ne pas faire de bénévolat !) mais la vendeuse présente est elle beaucoup plus avenante et nous échangeons avec elle quelques minutes. Ensuite, l’estomac bien rempli, il est temps pour nous de nous en aller.

Pour ne pas ne rien faire aujourd’hui, nous décidons de nous rendre au mirador de Yanahuara, situé à une petite dizaine de minutes en taxi de notre position. Je hèle un premier taxi mais il refuse de négocier, je l’envoie donc balader et monte dans le deuxième qui ne fait pas de difficulté. Pour quatre soles, il nous véhicule jusque sur une petite place d’ou nous pouvons voir les trois volcans qui entourent la ville … du moins en partie ! Le Misti est le plus dégagé car l’Ampato (celui ou on a retrouvé Juanita, la petite momie du musée) et le troisième larron (dont le nom m’échappe …) sont eux quasi entièrement recouvert de nuages … En fait, le point de vue n’a rien de vraiment exceptionnel, celui depuis le toit de notre logement étant nettement plus dégagé (pas de fil électrique ni d’horrible pont en béton pour gâcher le paysage !). Nous restons donc en tout et pour tout quinze minutes avant de décider de reprendre un taxi pour rentrer à notre hostel. Un peu plus cher cette fois (six soles) car pour rejoindre notre destination, il est obligé de faire un immense détour à cause de toutes les rues en sens unique !

Durant l’après-midi, nous retournerons pour la dernière fois au cabinet dentaire afin de régler – nous l’espérons – ce problème une fois pour toute ! Mission accomplie à première vue, mon épouse ne sentant (enfin !) plus rien ! Ensuite, après un dernier repas à Arequipa, nous préparons nos sacs et nous couchons de bonne heure car notre bus démarre tôt le lendemain.

A 4h30, je suis levé et part m’apprêter sans trainer. Je réveille ensuite mon épouse et nous finissons de nous préparer pour descendre à 5h15 dans le hall de l’hostal. Le gérant de nuit nous demande si nous voulons un taxi et je lui dis que normalement, son collègue a du déjà en réserver un. Il est bien embêté, il vient de le renvoyer pensant à une erreur ! La communication n’est pas leur fort ici même si ils sont bien gentils … Nous devons donc attendre une dizaine de minutes avant de voir arriver un nouveau chauffeur qui nous conduit en un gros quart d’heure au terminal terrestre. Nous avions la veille été cherché les horaires de bus à l’office du tourisme et la compagnie qui a les départs les plus fréquents, c’est Julsa. Départ programmé toutes les heures piles, nous comptons donc prendre celui de 6h. Nous trouvons facilement le guichet de la compagnie et la femme nous propose soit des places en seconde classe à 20 soles l’unité mais tout dans le fond du bus soit à 30 en première classe, tout à l’avant. Après l’expérience sautillante et très désagréable du retour de Cotahuasi, nous n’hésitons pas une seconde, ça sera la première !!!

Pour la première fois, le bus aura un peu de retard et il est finalement presque 6h30 quand nous démarrons enfin. Le bus ressemble étrangement à ceux de Cruz del Sur – la meilleure compagnie du pays – sauf qu’en y regardant de plus près, tout est à peu près déglingué: les sièges sont en position semi-couchettes sans pouvoir les remonter, le baffle au-dessus de mon oreille bourdonne durant tout le temps ou le chauffeur tentera de mettre un film – ce qu’il n’arrivera jamais à faire et donc il abandonnera -, l’odeur dans la cabine est franchement dégueulasse et ne parlons pas des toilettes dans un état épouvantable de saleté … Bref, ça vaut le prix qu’on a payé et pas un cent de plus ! Ajoutez à cela, du personnel pas franchement agréable et des passagers en mode: « je fais du bruit pour le plaisir » et vous aurez vite un trajet de 6h30 franchement long … D’autant plus que nous passerons notre temps à faire des arrêts pour embarquer et débarquer des passagers ce qui rallongera encore le trajet. Il est donc passé 13h quand nous récupérons enfin nos sacs et que nous partons à la recherche d’un taxi devant nous amener à l’hostel ou j’ai réservé pour une nuit.

Situé dans le centre-ville de Puno, nous avons donc le loisir de constater que la ville n’a rien d’extraordinaire si ce n’est d’être situé sur la berge d’un des lacs les plus célèbres du monde: le lac Titicaca qui est aussi le lac navigable le plus haut du monde à 3800 mètres d’altitude. Effectivement, nous ressentons à nouveau les effets des hauteurs: la respiration est plus courte et un léger mal de tête (accentué par la faim) apparaît. Rien de bien grave, nous avons lu et entendu des cas beaucoup plus grave obligeant même parfois à redescendre au plus vite pour éviter de sérieuses complications. Dans quelques jours, nous n’en parlerons plus ! Après avoir pris rapidement possession de notre chambre, nous ressortons illico afin d’aller manger dans un chifa (restaurant asiatique ici en Amérique du Sud) conseillé par notre guide du routard et qui a changé de nom entretemps.

Ensuite, nous nous mettons en quête des trois agences conseillées (toujours par notre guide) située dans le secteur afin de préparer notre excursion des deux prochains jours. Notre choix se portera finalement sur Cusi Expeditions qui propose un tarif honnête à 90 soles par personne pour deux jours et une nuit sur les îles (Uros, Amantani et Taquile) et incluant tous les repas sauf le dernier lunch. La proposition est en fait la même dans toutes les agences et seul le prix est différent. Par exemple, chez All Ways Travel, la femme que nous avons eu le propose au même prix mais sans les repas ! Il faudrait donc rajouter 40 soles pour avoir la même prestation. Notre choix s’est porté sur eux car l’employée a été la plus sympa et avait tout un tas de photo pour illustrer ces propos. Nous irons vite aussi déjà prendre nos billets de bus (20 soles par personne) pour la Bolivie – avec la compagnie Titicaca Bolivia – pour dans trois jours car contrairement à ce que j’espérais, nous ne pourrons pas partir le jour de notre retour à Puno. Nous devrons donc passer une nuit supplémentaire ici, ce qui ne m’enchante guère … tant pis, c’est comme ça !

Nous retournons ensuite à notre hostel afin de déjà bloquer la nuit en plus quand une averse de pluie et de neige fondante s’abat sur la ville, nous bloquant pour le reste de l’après-midi dans notre chambre. Ca va même aller en s’empirant, un orage éclatant et les pluies redoublant jusqu’à inonder complètement les rues sous plusieurs centimètres d’eau. On espère que le temps s’améliorera pour le lendemain …

Et notre souhait est exaucé ! Lorsque nous nous réveillons, le ciel est complètement lavé des nuages de la veille et le soleil brille dans un grand ciel bleu. Après un habituel petit-déjeuner sommaire à notre hostal, il est 7h40 quand nous attendons dans le hall notre lift. L’hostel va garder notre gros sac à dos en sécurité, nous ne sommes donc chargé que de nos petits sacs remplis d’affaire pour une seule nuit. Cinq minutes plus tard, une femme se présente et prononce un nom que nous ne comprenons qu’au bout de plusieurs tentatives – elle ne s’adressait pas à nous mais à la réceptionniste – celui de mon épouse, assez compliqué pour des hispaniques. Elle nous emmène alors dehors ou attend une camionnette d’une petite quinzaine de places déjà occupées par cinq personnes. Ce sont quatre hollandais et une belge (d’une soixantaine d’années sauf un jeune) qui voyage ensemble dans le cadre d’un voyage organisé de 70 jours. Ils engagent directement la conversation en français et dès le premier abord, ils ont l’air bien sympathique. Nous circulons dans la ville jusqu’à arriver devant un autre hostal ou nous chargeons un couple de péruviens avant de nous rendre enfin au port.

Dès notre descente de la camionnette, des vendeurs nous tombent dessus avec tout l’attirail de marqueurs, bonbons, … pour offrir à la famille chez qui nous allons nous rendre. Mon épouse et moi détestons ces pratiques et nous nous mettons sur le côté mais les autres se jettent dessus et achètent ce qu’on leur proposent. En attendant, un homme qui s’est présenté à nous comme notre guide nous fait déjà embarqué à bord d’un bateau relativement confortable (comprenez par là qu’il y a de vraies banquettes) avec un toit accessible pour ceux qui voudraient prendre l’air. Le bateau se remplit lentement et lorsqu’une quinzaine de personnes sont à bord (d’autres personnes que nous n’avions pas encore vu se sont joint à nous), nous nous mettons en route.

Notre guide s’empare alors d’un micro et se présente: il s’appelle Hernan et parle un excellent anglais ponctué en permanence par des « my friends » dans chaque phrase, ça fait plus de quinze ans qu’il exerce sa profession et dès le début, il conquit tout son groupe. Il nous explique alors notre programme, légèrement différent que celui convenu avec l’agence: nous allons d’abord nous rendre sur une des îles Uros – une île flottante en roseau – avant de partir sur la grande île d’Amantani ou nous passerons l’après-midi et la nuit avant de partir le lendemain pour l’autre grande île du lac, celle de Taquile ou nous passerons une partie de la matinée. La ou le programme diffère, c’est qu’afin d’éviter de devoir manger à 10h30 sur Taquile, nous irons visiter la deuxième île flottante comprise dans notre programme à ce moment là (plutôt qu’à la suite de la première) afin de manger à une heure plus décente. Il nous demande si nous sommes d’accord avec ça et comme personne ne proteste, nous voilà parti.

Le bateau s’engage alors dans une sorte de canal bordé de grande quantité de roseaux, présent en nombre dans ce coin ci du lac. Le guide nous a annoncé que nous en avions pour une heure de bateau que nous allons devoir passer en grande partie à l’intérieur car la réglementation péruvienne interdit théoriquement l’accès au toit. Dans les faits, au bout d’une demi-heure, on nous annonce que nous sommes assez loin du port pour faire comme bon nous semble. Dans un premier temps, le paysage est joli mais un peu banal. Une vingtaine de minutes avant d’arriver, nous pouvons commencer à apercevoir deux petites taches sur l’eau, non loin de grandes quantités de roseaux. Quand nous nous rapprochons, nous pouvons constater qu’il s’agît bien de deux de ces fameuses îles flottantes de la communauté Uros.

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Il existe à peu près 80 îlots de ce genre, entièrement fabriqué en roseau: le sol et les « bâtiments ». Sur chacun de ces îlots vivent quelques familles qui dépendent à peu près entièrement maintenant du tourisme.

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Nous sommes donc accueillis par de grands sourires par quelques femmes qui nous amènent sur des sortes de banc (en roseau of course) disposé en arc de cercle. Etrange sensation que de marcher ainsi sur cette énorme couche de roseau dans laquelle on s’enfonce un peu ! Notre guide – assisté cette fois par un homme de l’île – se met alors en quête de nous expliquer leur mode de vie, la manière dont ils construisent leurs îlots (à l’aide d’une maquette pas trop mal foutue qu’il assemble au fur et à mesure) et sur le lac Titicaca en général.

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Il nous fournit alors toute une série de chiffre assez impressionnant: le lac est grand comme plus d’un quart de la Belgique (165 km de long sur 60 de large), contient plus de 900 millions de mètres cube d’une eau qui tourne entre 8 et 12 degrés selon la saison, est partagé à hauteur de 55% pour le Pérou et 45% pour la Bolivie, 16 îles se trouvent sur le lac et sept rivières alimentent le lac pour une seule qui en ressort (la « faute » à une intense évaporation de l’eau, près de 93% de la quantité totale). Il détient aussi le record de plus haut lac navigable au monde avec ses 3810 mètres d’altitude . Bref, ce n’est pas un lac « normal » sur lequel nous nous trouvons ! Nous apprenons aussi qu’en quechua le mot Titicaca signifie « tête de puma » mais qu’en vieil espagnol il signifie « chat gris ».

Après plus d’une demi-heure d’explication seulement entrecoupée par l’arrivée d’un autre bateau et de son groupe partit s’installer de l’autre côté de l’îlot (c’est à dire à une grosse vingtaine de mètres, l’îlot devant mesurer une trentaine de mètres de diamètre), nous sommes « libres » pendant une trentaine de minutes d’aller voir l’artisanat proposé par les habitants. Il y a effectivement de très belles choses (du moins aux yeux de mon épouse, l’artisanat étant clairement dirigé vers les femmes) mais à des prix tout simplement prohibitif. Mon épouse craque devant un très beau collier mais face au prix exigé fait machine arrière. Elle tente bien pour le principe de négocier mais la vendeuse reste inflexible. Tant pis, nous nous ramènerons comme souvenir un nouveau (et beau) cachet dans notre passeport (pour deux soles par personne). Ensuite, nous sommes invités à aller faire un tour sur une barque en roseau (pour dix soles par personne).

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Nous sommes les seuls du groupe à décliner car on nous avait prévenu de l’arnaque et effectivement leur « tour » durera en tout et pour tout dix minutes durant lesquelles, ils ne s’écarteront pas à plus de cinquante mètres de nous, le tout à une vitesse de tortue. Durant leur « balade », la vendeuse revient voir mon épouse et dit que c’est d’accord pour le collier. Je ne sais pas ce qui l’a décidé mais ça fait au moins les affaires de mon épouse !

Finalement, lorsque tout le monde est là, nous réembarquons sur notre bateau. Nous obtenons confirmation de notre compatriote (c’est d’ailleurs la première que nous rencontrons en presque sept semaines de voyage !) que le tour était inutile et nous voilà reparti. En gros, on nous avait prévenu que cette partie de la visite était un véritable sketch, la faute à l’utilité vitale pour ces gens là du tourisme. Nous n’avons pas eu droit au chant à notre arrivée (dieu merci, je déteste cela !) ce qui fait que nous avons moins ressenti ce côté spectacle même si bien évidemment, nous ne sommes pas dupes. Tout n’est que business mais nous avons quand même eu droit à de bonnes explications sur leur mode de vie (il ne faut pas oublier que cette communauté existe depuis des siècles !), nous ne sommes donc pas complètement déçus de ce que nous avons vu ici.

Nous voilà donc parti pour presque trois heures de navigation en direction de l’île d’Amantani ou nous allons passer le reste de la journée, accueilli dans une famille andine. Rien de spécial à raconter sur cette partie, tout le monde ou presque s’endort sur son siège tant notre bateau est lent.

Finalement, vers 13h, nous arrivons en vue d’un village et d’un quai ou accoster.

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Tout un groupe de femmes en tenue traditionnelles attend là en discutant. Toute ou presque sont en train de tricoter, avec d’énormes bobines de laines, des bonnets ou des gants multicolores. On nous demande alors de nous asseoir en attendant qu’on nous attribue une famille. En effet, tout ici est basé sur le communautaire. On ne choisit donc pas l’endroit ou on veut dormir car nous sommes envoyés chez l’un ou chez l’autre sur base d’un système de tournante afin que tout le monde en profite. Il en va de même pour leurs cultures ou tout est mis en commun avant d’être redistribués selon les besoins. Chaque femme est donc appelée à son tour et on lui attribue autant de personnes en fonction de ses possibilités d’hébergement. Lorsqu’il cherche un groupe de trois (ce qui évidemment n’existe pas dans notre groupe), je propose à un homme avec qui je pense que le feeling va bien passer si il veut venir avec nous. Etant donné qu’il voyage seul, il est super ravi de la proposition et nous voilà parti à la suite de notre hôte qui continue à tricoter tout en marchant. Nous sommes donc à plus de 3800 mètres et elle avance comme si de rien n’était pendant que derrière, on souffle tous les trois alors que nous traversons un village rappelant étrangement celui des Hobbits dans le Seigneur des Anneaux. Notre logement est situé tout au bout du village et il nous faut presque vingt minutes du port pour y arriver. Mais lorsqu’enfin nous posons nos sacs, c’est avec un sourire que nous apprécions les lieux. On nous avait décrit les logements comme des « trous à rats », il n’en est absolument rien ! C’est coloré, les murs et les plafonds sont peints et la literie est d’assez bonne qualité.

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De plus, nous avons une vue directe depuis notre chambre sur ce magnifique lac et sur la colline voisine que nous grimperons tout à l’heure.

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Seule la toilette se trouve « éloignée » des chambres, ça risque d’être moins drôle durant la nuit si il faut s’y rendre mais soit, c’est franchement le grand luxe par rapport aux rumeurs !

Pour l’heure, nous sommes conviés à passer à table car notre hôte nous a prévu un menu typiquement andin: soupe de quinoa en entrée et patates coupées en tranche accompagnée d’un morceau de fromage légèrement fondu. Nous sommes un peu déçu car notre hôte et sa famille reste en cuisine pour y manger sans vraiment s’intéresser à nous mais ça nous laisse le temps de faire connaissance avec Luca, notre nouveau compagnon, qui vient du nord de l’Italie et qui a démissionné de son poste chez Facebook pour voyager durant un an minimum. Il n’existe pas de pause carrière en Italie mais son ancien patron l’a déjà recontacté pour lui rendre sa place lorsqu’il reviendra (il était cadre assez élevé là-bas apparemment). Etant donné qu’il parle anglais, nous pouvons tous les trois discutés sans devoir passer par les talents de traducteur de l’un ou de l’autre. Il a 36 ans et un look loin du costard-cravate qu’il doit avoir au boulot: un peu baba cool avec bracelets, collier et casquette péruvienne vissée sur la tête. Très sympa, la discussion bat son plein jusqu’à ce que nous soyons interrompus par notre hôte qui vient nous présenter ces créations … Aie, jusqu’à présent, tout était très bien mais la, le business reprend aussitôt ses droits ! Elle étale alors sur une couverture toute une litanie de mitaines-moufles, de bonnets et de vestes tricotés mains. Difficile de dire non, coincé que nous sommes dans sa minuscule salle à manger avec son regard de chien battu braqué sur nous et sa minuscule voix à peine audible … Etant donné que nous cherchions de quoi nous couvrir mon épouse et moi, nous en essayons plusieurs jusqu’à trouver ce qui nous convient.  C’est là que le couperet tombe: 100 soles pour deux bonnets et deux paires de gants ! Je négocie avec elle mais elle nous certifie que c’est de l’alpaga, qu’elle va mourir de faim et au final accepte de descendre le prix à 85 soles … Ca reste beaucoup trop cher mais comment dire non maintenant ? Au moins, on aura cette pensée que cet argent va aller directement dans sa poche et dans celle de sa famille mais ça la fout mal quand même.

Pas forcément content de cette anecdote, nous partons chacun dans notre chambre afin de se reposer un peu jusqu’à l’heure du rendez-vous, fixé à 15h30 au terrain de foot du village. Vers 15h, notre hôte vient nous chercher pour nous y emmener. Elle nous présente aussi son fils avec qui nous reviendrons plus tard jusqu’à la maison et nous voilà parti dans un dédale de petits sentiers jusqu’à arriver à destination. En réalité, tous les groupes de toutes les agences se donnent rendez-vous au même endroit et nous sommes bientôt une cinquantaine à attendre sur les gradins longeant le terrain. C’est alors qu’un guide qui a amené un ballon lance un foot avec tous les courageux (dont je ne fais pas partie, je l’avoue) qui le désirent. Ils sont vite une petite vingtaine à jouer au ballon et nous en profitons mon épouse et moi pour entamer la conversation avec une jeune française assise à côté de nous. Le courant passe bien et nous échangeons sur nos projets respectifs de voyage: ils sont là, elle et son copain qui joue au foot, pour huit à neuf mois et descendent vraiment à leur aise le long du même parcours que nous. Ce n’est qu’au bout d’une petite demi-heure que son copain nous rejoint mais nous avons à peine le temps de faire connaissance que les guides rassemblent leur groupe respectif. Comme nous avons ce soir une activité commune, nous proposons de nous retrouver là-bas pour approfondir notre conversation et nous partons ensuite rejoindre Hernan, notre guide polyglotte (il parle assez bien le français, nous le découvrirons dans le bateau qui nous a amené ici) qui nous attend dans une épicerie possédant une grande table et des sièges pour tout le monde. Durant une grosse demi-heure, il nous expliquera alors le fonctionnement de cette communauté ainsi que leurs croyances: deux collines surplombent le village, Pachamama (la Terre-Mère) et Pachatata (la Terre-Père), au sommet desquels trônent quelques ruines. Les explications sont très intéressantes mais au fur et à mesure qu’ils nous les donnent, l’attention diminue chez certains.

Finalement, vers 17h, notre guide nous lâche afin de gravir la colline de notre choix (nous opterons tous pour la plus « facile », celle de la Pachatata) afin de sacrifier à la tradition qui veut qu’il faut tourner trois fois autour du « temple » dans le sens anti-horlogique afin de faire un vœu. C’est surtout pour nous l’occasion de contempler d’en haut le soleil qui ne va plus tarder à se coucher maintenant. Nous partons alors, chacun à notre rythme, en direction du sommet en espérant que les longues explications ne vont pas nous faire rater ce moment. Finalement, nous arriverons vraiment tout juste pour observer ce spectacle grandiose accompagné de Cassandre et Tom – le couple de français – et de Luca.

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Quelques enfants insisteront bien pour nous vendre des bracelets mais nous refusons tous poliment et lorsque le soleil a quasi complètement disparu, nous entamons la descente jusqu’au village. Il nous aura fallu une grosse demi-heure pour arriver au sommet mais à peine vingt minutes pour être de retour au terrain de foot ou le fils de notre hôte nous attend pour nous guider dans le noir total jusqu’à la maison.

Un repas nous est servi vers 19h mais il ne restera pas dans les annales car il n’est composé que de riz et de pommes de terre. Petite consolation, tout le monde est logé à la même enseigne pour ne pas faire de jaloux ! C’est donc avec l’estomac pas franchement contenté que nous repartons vers 20h en compagnie de notre hôte afin d’assister à la « fête » organisée en notre honneur dans la salle commune. Nous y retrouvons donc tous les autres touristes qui comme nous sont revêtus soit de ponchos soit de tenues traditionnelles (uniquement pour certaines femmes) prêtées gracieusement par nos hôtes. Ce n’est pas que pour la blague que nous sommes habillés ainsi, c’est aussi nécessaire car il fait très froid sur le lac, maintenant qu’il fait noir. C’est parti ensuite pour une heure de musique (très enjouée et admirablement bien jouée par un orchestre masculin) et de chant durant laquelle, nous sommes invités à aller faire des farandoles et autres danses improvisées. L’orchestre-chorale arrive réellement à survolter tout le monde et, la bière aidant, à peu près tout le monde se prend au jeu. Les hôtes viennent nous chercher afin de réaliser quelques pas avec elles et je laisse le soin à mon épouse des relations publiques pendant que de mon côté, je filme tout ce petit monde déchainé. Durant cette courte heure, nous discuterons un peu plus avec Cassandre et Tom et décidons de se revoir le lendemain soir à Puno pour boire un verre ensemble. Nous fixons un rendez-vous et nous nous séparons peu de temps après. En effet, un violent orage ainsi que la pluie ont commencés à tomber durant la fête et c’est sous une pluie de plus en plus forte que nous arriverons à notre logement pour une nuit … arrosée !

La nuit ne fût pas des plus mauvaises et après un rapide petit-déjeuner de pancakes (!), nous nous mettons en route en direction du port ou nous avons rendez-vous à 7h30 afin d’y reprendre le bateau. Tout le monde ou presque est là à l’heure et après avoir dit au revoir à notre hôte (qui ira même jusqu’à faire la bise à mon épouse !), nous embarquons pour une heure de traversée jusqu’à l’île voisine de Taquile.

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Le soleil brille à nouveau et la tempête de cette nuit a complètement disparue, nous pouvons donc profiter du beau temps à l’arrière du bateau. Mon épouse préfère elle rester à l’intérieur, j’entame donc une conversation avec un jeune couple de canadiens très sympa sur le petit pont arrière. Ca nous occupe bien le temps jusqu’à notre arrivée sur le petit débarcadère ou nous accostons.

L’île de Taquile ressemble assez fort à celle d’Amantani, cela est dû à la présence des deux côtés  de ces innombrables terrasses à flan de falaises.

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La grande différence réside dans le fait que le village à proprement parlé se situe ici tout au sommet de la colline ! Notre guide nous donne alors rendez-vous dans une heure sur la place du village et nous indique l’unique sentier qui y mène.

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Nous voilà donc tous partis, chacun à notre rythme, vers le sommet. La balade n’a rien de bien difficile mais le souffle est court à cette altitude, il nous faut donc une grosse demi-heure pour arriver à destination. La place en elle-même n’a pas grand chose de jolie si ce n’est l’incroyable vue que nous avons sur le lac ensoleillé.

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Décidemment, je ne me lasse pas du spectacle qui nous est offert par cette étendue d’eau !

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A l’heure dite, Hernan nous rejoint et se lance alors dans une longue explication sur les us et coutumes de cette île, au grand dam des Hollandais qui n’en peuvent plus de l’écouter. Le moins agréable de tous n’attend même plus la fin du monologue de notre guide pour se lever et aller prendre des photos un peu partout. Ce que nous pouvons dire, c’est que contrairement aux autres guides qui rejoignent la place et qui disent deux mots à leur groupe avant de les lâcher, nous avons pour notre part droit à un vrai travail d’informations ! Finalement, après une nouvelle demi-heure, notre guide nous propose d’emprunter le chemin par lequel tous les autres groupes sont arrivés afin de rejoindre le deuxième embarcadère de l’île ou nous attend notre bateau. Gros avantage: comme ils ont tous utilisés ce chemin pour venir, nous sommes seuls au moment d’entamer la très longue descente à flan de « falaise ». Nous pourrons alors profiter pleinement des superbes panoramas offerts ici et à choisir, je suis bien content d’avoir fait cette marche dans ce sens !

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Au fond, l’île d’Amantani ou nous avons passé la nuit.

Au bout d’une petite demi-heure de marche, nous arrivons en vue de notre bateau qui nous attend sagement.

Nous voilà donc parti pour notre dernière visite pour une île flottante de la communauté Uros. Il nous faudra deux bonnes heures pour la rejoindre et si ce n’est un repas pas franchement super, il n’y a rien à raconter de plus que pour la visite de la veille. C’est le seul repas qui n’était pas compris dans notre pack et il nous en coûte 20 soles par personne pour manger une truite pêchée dans le lac (sans boisson !). Franchement, c’est la visite en trop et j’aurais préféré rejoindre Puno plus tôt afin d’avoir le choix du menu et du prix plutôt que ce repas imposé. Heureusement, ça sera la seule véritable fausse note de ces deux jours qui au final, auront été réellement plus agréable qu’espéré ! J’avais effectivement très peur de l’effet tourisme de masse mais grâce à notre guide qui nous aura toujours fait arriver avant tout le monde (quinze ans d’expérience comparé aux petits jeunes qui guidaient les autres groupes, ça compte !) afin que l’on profite sereinement de chaque lieu, nous avons passé un agréable moment en compagnie d’un groupe homogène et sympathique !

Il est donc 15h quand nous rejoignons la terre ferme après une dernière traversée d’une vingtaine de minutes. Une navette nous attend tous pour nous redéposer à nos hostels respectifs et une grosse vingtaine de minutes plus tard, nous sommes de retour dans le hall d’ou nous sommes partis la veille. Nous avons cette fois une chambre double en bien meilleur état que la première chambre et après un excellent repas au restaurant ou nous avions été il y a deux jours, nous partons attendre Cassandre et Tom au rendez-vous fixé. Sauf qu’au bout d’une vingtaine de minutes d’attente dans le froid, conjugué à la fatigue, nous décidons de retourner à notre chambre et de leur envoyer un message. Surprise, Tom me répond de suite qu’ils étaient au rendez-vous ! Et en effet, honte sur moi, nous nous étions donné rendez-vous à la Plaza de Armas et nous attendions sur la place près de notre hostel … Nous laissons donc tomber pour ce soir mais comme nous devrions nous recroiser dans deux jours en Bolivie, je promets de leur offrir un verre afin de me faire pardonner de mon erreur !

C’était notre dernière journée au Pérou car demain, nous prenons le bus qui nous amènera dans le troisième pays de notre périple. Expérience un peu mitigée pour notre part dans ce pays qui se sera heureusement conclu de fort belle manière. Certes, les paysages ici sont plus grandioses mais le contact avec les péruviens aura été nettement plus pauvre qu’en Equateur. Nous ne regrettons pas d’y être venu et je suis persuadé qu’il y a encore mille choses à voir ici mais il est clair que les gens ne resterons pas dans ma tête comme les plus chaleureux. Cusco notamment ou les seules paroles auxquelles nous aurons eu droit concerne la vente de quelque chose ou le canyon de Cotahuasi et les réactions stupides d’une partie de ses habitants font que je ne garderais pas une image très positive de ces gens. Néanmoins, ici à Puno les gens sont déjà très différents, un peu comme à Arequipa et ça me réconcilie un peu avec eux. Maintenant, j’ai hâte de passer dans le pays voisin pour de nouvelles découvertes !

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