Jour 39 à Jour 42: Le canyon de Cotahuasi

A 18h pile la veille, nous sommes montés dans un bus de la Cromotex, pour un trajet de dix heures. Rien à voir avec les bus de Cruz del Sur, ici c’est un bus régional avec un minimum de confort qui nous a conduit jusqu’au gros village de Cotahuasi, dans le canyon du même nom. Situé à 420 kilomètres au nord d’Arequipa, nous avons roulé sur des pistes montant et descendant en lacet dans le brouillard, traversé des gués et franchi un col. Assez impressionnant pour mon épouse qui n’a pas fermé l’œil de la nuit tandis que moi je dormais comme un bienheureux. Durant le trajet, nous avons eu droit à deux arrêts: un dans les environs de 20h30 dans un restaurant au bord d’une route ou les cafards grouillaient d’un peu partout et ou les toilettes sont à ciel ouvert, un deuxième dans le village de Fondesurco un peu avant minuit pour se dégourdir les jambes. Il y en aura bien un troisième plus tard durant la nuit mais c’était uniquement pour que les deux chauffeurs échangent leurs places … rien à dire en terme de sécurité à ce niveau là ! Notre arrivée était annoncée à 6h du matin mais quelques minutes avant 4h, les lumières du bus se sont rallumées: nous arrivions !

Il est donc très tôt quand on nous débarque dans le froid glacial du petit terminal de Cotahuasi. Chacun à son tour, nous allons voir l’un des deux chauffeurs qui courent dans tous les sens afin de rendre les bagages aux bonnes personnes. Quand nous sommes à nouveau sanglé, je demande le chemin de la plaza car j’y avais repéré la veille un petit hostel ayant bonne réputation et situé non loin de là. Lorsque j’explique qu’on souhaite y aller à pied, on nous dit que c’est un peu loin et qu’il faut prendre un taxi … Ca tombe bien, il en reste un de disponible et pour cinq soles, il nous emmène pour … cinq minutes de trajet. C’est une dame qui était montée avec nous qui indique au chauffeur ou se situe l’hostel que nous cherchons et après nous avoir rendu nos sacs et donné un coup de klaxon (!), il s’en va nous laissant là devant une porte sans aucune indication. Seule la présence d’une sonnette nous laisse penser qu’ils n’ont peut-être pas tort (la plupart du temps, seuls les hostels en ont) et nous appuyons dessus, espérant ne pas nous tromper.

Quelques minutes plus tard, la porte s’ouvre et un vieux monsieur au regard endormi mais déjà souriant nous invite à entrer. Je m’excuse de l’heure et lui demande si il lui reste une chambre de disponible ce à quoi il me répond qu’il n’y a pas de problème. Pour les formalités, on verra plus tard et il nous invite à choisir nous même entre les deux chambres doubles qu’il lui reste. Dix minutes plus tard, nous sommes chacun couché sur notre lit prêt à nous endormir à nouveau !

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Ce n’est que vers 8h30 que nous émergeons enfin d’une courte nuit bien reposante. Première chose à faire, trouver un endroit ou déjeuner ! Pas très difficile dans tous ces pays ou on compte presqu’un « restaurant » par habitant (bon, ok, j’exagère mais à peine !). Mais juste avant cela, nous trouvons un peu par hasard l’office du tourisme ou nous souhaitions nous rendre afin d’organiser nos quelques jours dans le canyon. Etant donné qu’il est déjà ouvert, nous ne prenons pas de risque et nous nous y rendons directement. Nous trouvons là une dame parlant à peu près anglais pour nous expliquer les différents points d’intérêts du canyon. Vu le peu de jours que nous avons prévu ici, notre champ de découverte est petit et pour explorer pleinement les lieux, il faut compter au minimum une semaine voire un peu plus. Nous mettons donc au point avec elle un itinéraire nous permettant de revenir dormir à chaque fois à Cotahuasi et nous occupant à chaque fois la matinée au minimum. Nous lui demandons aussi ou nous pouvons trouver un bon local ou manger et elle nous indique la Chocita, une petite comida queshua (cuisine andine). Nous la remercions et muni de nos renseignements tous frais, nous nous mettons à la recherche de l’endroit indiqué.

Nous devons bien évidemment demandé notre chemin au moins trois fois avant que quelqu’un ne puisse nous montrer exactement quelle rue nous cherchons mais nous finissons par trouver la façade turquoise du restaurant. A l’intérieur, personne mais une ouverture amène dans une petite cour ou nous trouvons quelqu’un. Il est fort tard pour déjeuner mais elle accepte de nous servir sans difficulté. Nous ne demandons pas en quoi consiste le petit-déjeuner et nous n’aurons la réponse que quand nos assiettes arriveront: cuisse de poulet, petites pommes de terre et riz, le tout baigné dans une sauce à tomber par terre faite avec des oignons et des herbes du coin. Un DELICE bien nourrissant pour quelques soles par personne !

Nous retournons ensuite jusqu’à notre chambre afin de décider définitivement de notre programme des prochains jours. Etant donné le système de navette (elle parte au matin de Cotahuasi et parte de notre destination très peu de temps après, obligeant alors à dormir sur place si l’on veut profiter de la journée), nous ne pouvons réellement occupé que trois jours à partir du village. C’est un de moins que ce que j’avais planifié mais ce n’est pas grave, nous passerons une journée supplémentaire à Arequipa. Lorsque nous sommes sur de nous, nous nous rendons au bureau de la Cromotex sur la petite place du village. Nous achetons donc nos tickets (il était temps, il ne restait déjà plus que quelques places de libre !) pour dans trois jours, départ à 19h ! Nous revenons ensuite à notre hostel afin de téléphoner à notre logement à Arequipa pour s’assurer qu’il n’y aura pas de problème si nous arrivons un jour plus tôt. Mieux vaut être sur car nous arriverons en ville aussi tôt qu’ici et je ne souhaite pas chercher à me loger à cette heure là si je peux l’éviter. Pas de souci, ils nous attendront avec notre chambre.

Le peu de matinée qu’il nous reste, nous l’utiliserons pour encore un peu nous reposer et nous protéger de la chaleur très forte qu’il règne ici. Vers 13h, nous passons en vitesse à la banque pour casser un gros billet (de 100 soles mais quand on voit comment il galère pour rendre la monnaie en ville, on préfère ne pas prendre de risque) et nous retournons manger dans la même comida d’excellente tallerin saltado (nouilles sautée à leur manière) pour moi et un lomo saltado (viande sautée aux oignons avec du riz et des pommes de terre) pour mon épouse. Encore une fois, c’est un véritable régal et apparemment, nous ne nous trompons pas: c’est rempli alors que les autres cuisines sont véritablement désertes … En attendant que la chaleur s’estompe un peu, nous faisons comme tout le monde:  la sieste !

Vers 15h, nous nous remettons en route avec comme objectif la laguna Chaquicocha à une vingtaine de minutes à pied de notre logement. Nous demandons la direction générale à deux ou trois personnes car il n’y a rien d’indiqué – je tombe d’ailleurs sur le seul c** du village qui refuse de nous aider – et nous voilà parti le long de la « route » principale. Déjà du village, nous pouvions nous apercevoir que le canyon avait l’air très beau, la réalité est encore plus vraie ! Nous sommes encerclés par de beaux et hauts sommets formant une gorge sur des kilomètres.

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Le ciel est bleu, il fait idéal comme température et après une dernière demande d’info, nous descendons une volée d’escalier pour nous retrouver sur un petit sentier. Nous traversons d’abord un court tunnel avant de rejoindre une route au bout de quelques minutes. Là, pour la première fois, un panneau nous indique que nous sommes dans la bonne direction. Nous suivons donc la nouvelle piste indiquée et qui descend pendant une grosse quinzaine de minutes, au milieu de petits murets en pierre et de vieilles maisons. Nous croisons un berger remontant quelques moutons vers on ne sait ou, nous passons devant quelques petits « carrefours » mais comme rien n’indique le contraire, nous suivons la piste principale jusqu’à rejoindre … la route !

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Un peu dubitatif, nous continuons malgré tout mais il n’y a pas un chat à qui demander si nous sommes dans le bon sens et le soleil commence tout doucement à aller se coucher … Nous décidons donc de faire demi-tour et d’explorer les deux petites pistes qui s’écartaient de la principale. En vain, ça ne nous mènera à rien d’autres que des culs-de-sacs … Un peu dépité, nous décidons de ne pas prendre de risque et de refaire le chemin en sens inverse. Nous croiserons bien une troisième intersection mais nous n’avons plus le temps et trente minutes après, nous sommes de retour à notre hostel. En discutant avec le gérant, il m’explique qu’il fallait tourner … au seul endroit ou nous n’avons pas été ! Il nous dit aussi que la vraie propriétaire revient demain et que celle-ci parle anglais et pourra nous expliquer plus en détail le chemin (mon espagnol est par moment encore hésitant, encore plus dans ces régions reculées ou ils parlent vite en machant leurs mots). Comme le programme du lendemain devrait être fini en fin de matinée, nous aurons le temps d’y retourner dans l’après-midi ! Ce n’est que partie remise !

Nous finissons la journée en buvant un pisco (acheté plus tôt dans la journée à une dame vendant des petites bouteilles en plastique de 50cl remplie de ce délicieux alcool auquel elle nous a conseillé d’y mélanger du Sprite … effectivement c’est pas mauvais du tout !) et en nous rendant ensuite à notre délicieuse cuisine: la Chocita ! Et ils feront encore une fois honneur à leur réputation ! C’est bien simple, nous mangerons ce soir le meilleur repas qui nous a été servi  depuis le début de notre voyage avec une cena (menu du soir) aux inspirations asiatiques: soupe wantan en entrée et surtout un plat à tomber par terre fait avec de petits morceaux de poulets frits, des ananas, une sauce aigre-douce et un riz superbement assaisonné ! Le tout pour sept soles par personnes, c’est à dire un peu moins de deux euros … Les restaurants chez nous devraient venir prendre des cours d’humilité ici ! Ce qui est sur, c’est qu’il nous sera difficile de rentrer jusqu’à notre chambre tant le ventre est rempli …

La nuit fût un petit peu agitée … Vers 3h30 du matin, de nouveaux clients sont arrivés dans l’hostel avec la discrétion d’un éléphant. Ils se sont mis à parler à plusieurs devant leurs chambres à voix haute et à faire rouler leurs valises à travers toute la cour. A tel point qu’à un moment, j’ai du sortir pour leur demander de la fermer … Ils ont été tellement surpris que quelqu’un leur reproche quelque chose qu’ils sont tous aussitôt parti dans leur chambre sans même contester … Ce n’est qu’alors que nous avons pu nous rendormir jusque … 7h, heure à laquelle les ouvriers qui s’occupent de l’agrandissement des lieux ont décidés de jouer du marteau sur des tôles ondulées … Décidemment, ils ont un véritable problème avec le calme dans tous ces pays !

Nous nous apprêtons à notre aise et vers 8h40, nous nous mettons en route en direction de la place du village.

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C’est de la que doit partir le minibus en direction du village d’Alca et des termes de Luicho, « objectif » de la journée, situé à une vingtaine de kilomètres de Cotahuasi. Les horaires sont assez souple dans cette direction car toutes les heures piles (de 7h à 15h), un bus part dans ce sens-ci. Dans l’autre sens, c’est le même principe mais avec trois heures de décalage (de 10h à 18h donc). Dix minutes avant, nous sommes donc à l’arrêt avec en face de nous un minibus d’un autre âge qui attend, complètement vide. Je demande confirmation à une dame qui me dit que c’est bien ici que l’on doit attendre … soit ! Quelques minutes avant 9h arrive un homme boitant bas. Je lui demande si c’est bien lui le chauffeur et il me dit que non, le bus va passer mais dans l’autre sens … et effectivement quelques secondes après arrive un bus un peu plus grand mais toujours dans un état relatif … Après m’être assuré que c’était le bon bus, nous montons à bord au milieu d’une vingtaine de locaux, assez étonné de notre présence.

La piste que nous empruntons alors est plus ou moins correct mais l’effet des bosses et des trous est décuplé par l’absence totale d’amortisseurs et de rembourrage dans les sièges. Néanmoins, nous avançons tranquillement dans un décor de rêve, en longeant une rivière qui coule quelques dizaines de mètres plus bas. Nous nous enfonçons de plus en plus dans le canyon et nous croisons quelques hameaux isolés, avec toujours ce système de culture en terrasse, utilisé depuis des siècles maintenant. Le ciel est d’un bleu pur et la chaleur est de plus en plus forte, bref une sorte de paradis minéral. En chemin, nous déposons des gens et en reprenons d’autres et après avoir traversé un plus gros village, je me lève afin de demander au chauffeur de nous arrêter directement au terme, contrairement à notre idée première. En effet, nous souhaitions à la base les dépasser et nous arrêter au village d’Alca, terminal du bus. Nous aurions eu alors une demi-heure de marche à parcourir mais c’était sans compter un oubli capital: nos chapeaux sont restés dans la chambre et vu la configuration des lieux et les conditions climatiques, pas question de risquer une insolation !

Au bout de quarante-cinq minutes (oui oui, pour une quinzaine de kilomètres au final !), nous arrivons à destination. Le bus nous dépose alors au bord de la rivière qu’enjambe un pont de singe et qui permet d’arriver aux termes à proprement parler.

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Nous nous présentons alors à l’entrée mais nous ne comprenons pas tellement ce que l’employé nous explique. Tout au plus, je comprends qu’il y a trois piscines et qu’en fonction de celles qu’on choisit, on payera un prix différent. Ne sachant pas à quoi ça correspond et devant notre air un peu perplexe, il appelle un de ces collègues qui nous emmènent les voir. En réalité, ce sont trois bassins qui se suivent, le plus éloigné (et celui ou nous nous rendons) étant le plus « froid » avec une eau à 33°C ! Je comprends finalement que si nous choisissons de tous les prendre, nous devrons payer … six soles par personne (soit moins de deux euros) pour un accès complet jusqu’à la fermeture à 22h ! Soit, allons y pour les trois bassins ! A chacun d’entre eux, il y a des casiers pour nos affaires, quelques vestiaires et quelques douches (obligatoire avant de rentrer dans les bassins). Le premier est couvert et il n’y a dedans qu’une petite famille et un homme seul, ce qui nous laisse de la place pour faire la planche. Nous passons ensuite dans le deuxième, en extérieur celui-là et la température monte encore d’un cran. Heureusement, une toile recouvre les trois-quarts de l’eau, nous abritant de coups de soleil certains ! Le dernier est celui le plus utilisé (comprenez par la que nous sommes une grosse dizaine dedans) et pour celui-ci, l’eau atteint une température de 40 degrés. Ici, la protection du toit ne couvre qu’un petit quart du bassin ou se réfugie tout le monde et petite particularité: le sol est en galets et graviers. Finalement, après une heure trente de pataugeoire, nous décidons d’aller nous rhabiller avec l’objectif d’attraper le bus de 12h15 (partant donc d’Alca à 12h) qui nous ramènera à Cotahuasi. Objectif atteint une grosse vingtaine de minutes plus tard quand le même chauffeur qu’à l’aller nous charge à bord de son bus brinquebalant et cette fois-ci, j’essaye de prendre des photos des lieux. Pas facile dans ces circonstances (on roule et ça saute dans tous les sens) ! Quarante-cinq minutes plus tard et trois soles (par personne), nous revoilà sur la place. Nous nous rendons directement à la comida Chocita pour un énième délicieux repas avant la sieste rituelle (en ces lieux !).

Attention, gros coup de gueule concernant le respect de l’environnement ici au Pérou ! Par deux fois aujourd’hui (et déjà les jours avant mais là c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase), nous avons assisté à des comportements terriblement choquant: en premier lieu, un homme d’une septantaine d’année s’est levé dans le bus afin de jeter des déchets plastiques par la fenêtre ! Si un homme de cet âge là montre un tel exemple à des enfants, ça ne risque pas de changer (ce n’est pas la première fois que nous assistons à ce type de comportement mais venant d’un homme âgé …) ! Le deuxième exemple aujourd’hui (!) est encore plus dégueulasse: alors que les termes sont d’une propreté sans reproche, nous avons pu voir alors que nous attendions le bus, un employé sortir par derrière afin d’aller vider sa poubelle … le long de la rivière sur l’emplacement d’un énorme tas de déchets ! Nous sommes totalement ouvert à toutes les cultures, même si parfois certains comportements peuvent choquer, nous goûtons de tout (même si certains aliments peuvent être contre-nature à première vue) mais je resterai intransigeant: polluer de manière aussi flagrante et aussi violente n’apportera jamais rien de bon à qui que ce soit ! Quel dommage que des gens prônant tant le culte de la Pachamama (la Terre-Mère !) souillent ainsi les lieux dont ils sont dépositaires ! C’est d’une ironie et d’une hypocrisie des plus totales ! Fin du coup de gueule, j’espère qu’à terme on essayera d’éduquer la population contre ce genre d’agissements …

En attendant, demain c’est lever à 4h du matin afin d’aller randonner (enfin !) dans le canyon !

Et effectivement, le réveil sonne à cette heure matinale ! Une petite trentaine de minutes plus tard, nous voilà prêt à nous mettre en route vers le petit terminal de bus du village. Nous sommes un peu en avance mais nous sommes loin d’être seuls ! En effet, une grosse cinquantaine de personnes (peut-être même un peu plus) attendent déjà. Je me renseigne sur l’arrivée exacte du bus et on me confirme qu’il sera là à 5h. A l’heure pile, un gros minibus arrive … si tout le monde doit rentrer dans celui-là, il va y avoir un problème ! Alors que nous étions déjà engagé dans une lutte pour monter à bord (je n’exagère rien, c’est une véritable lutte pour tout le monde: j’ai même vu un homme écrasé une vieille femme et un enfant contre les parois du bus pour passer devant eux !), je demande à mon voisin si c’est bien le bus pour Pampamarca … Hé ben en fait, non ! D’autres ont entendus ma question et me le confirme, nous nous extrayons donc de la foule. Rebelote avec un deuxième minibus, ça ne sera que le troisième qui sera le bon. Encore une fois, les gens en arrivent presqu’aux mains pour rentrer les premiers mais finalement, presque tout le monde a malgré tout une place assise. Nous voilà parti pour deux heures de route (et six soles par personne) à travers un décor qui ne cesse de devenir de plus en plus beau ! Nous nous enfonçons de plus en plus au milieu de parois de plus en plus haute, justifiant à chaque mètre parcouru sa réputation de canyon le plus profond du monde ! Jugez plutôt: l’altitude minimum dans le canyon tourne dans les environs des 2400 mètres au niveau de la rivière tandis que le plus haut sommet est lui à …6425 mètres ! Soit près de 4000 mètres de profondeur ! Evidemment, ça ne se voit pas sur toutes les parois, celle nous entourant ne montant « qu’à » 4000 mètres quand nous sommes nous sept à huit cent mètres plus bas mais c’est déjà très impressionnant ! Je m’étais arrangé avec le chauffeur pour qu’il nous arrête à l’entrée du sentier menant à notre objectif du jour: « El Bosque de Piedras Huito » et qui démarre quelques centaines de mètres avant le terminal.

Un panneau indique la direction que nous devons suivre ainsi que la distance totale: seulement trois kilomètres mais pour un dénivelé positif assez important: près de 700 mètres tout de même ! Nous voilà donc parti sur le seul sentier qui après avoir démarré par une très courte montée se prolonge sur une espèce de faux-plat. Notre objectif est déjà en vue, nous pouvons voir ces pierres aux formes torturées loin au dessus de nos têtes.

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Néanmoins, le sentier a l’air de d’abord nous éloigné de ce « bosquet » mais j’imagine que nous allons monter en lacet, je ne m’inquiète donc pas. Nous marchons ainsi pendant presque deux heures montant progressivement. Depuis un bon moment, je me dis qu’il y a un problème (il ne devait y avoir que trois kilomètres alors ok, on ne courre pas mais quand même … on est encore assez loin de notre objectif !) mais la propriétaire de notre logement nous avait parlé d’un signal à ne pas suivre car il induisait les touristes en erreur … Serait-il possible qu’elle parlait du tout premier sur la route principale ??? Force est de constater que oui car malheureusement, nous devons nous rendre à l’évidence. D’après elle, le « mauvais » sentier amène malgré tout à terme mais sur une beaucoup plus longue distance et malheureusement, le seul et unique bus retour passe à 12h ! Nous pourrions continuer à grimper pour le plaisir tout en sachant que nous n’arriverons jamais au bosquet mais je dois avouer que je n’en vois pas du tout l’utilité … C’est donc la mort dans l’âme qu’après plus de deux heures d’effort, nous faisons demi-tour. J’aperçois au loin un sentier qui monte beaucoup plus fort mais en « ligne droite » vers le bosquet. Par contre, son point de départ a l’air beaucoup plus loin que le panneau indicatif … J’irai voir en arrivant ce qu’il en est ! Heureusement, les paysages sont toujours aussi splendide …

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En attendant, nous voilà à rebrousser chemin … Nous recroisons les quatre vaches croisées à l’aller qui ont toujours l’air aussi inquiètes de notre présence (à l’aller, j’ai eu peur car il y en a deux qui ont « sauté » dans le ravin pour nous éviter … heureusement, elles n’ont fait qu’un gros détour pour resurgir derrière nous !). Il ne nous faudra qu’une grosse heure pour revenir à la route principale et nous avons près de deux heures à tuer avant le passage du bus … Je suis passablement énervé par la situation ! Comment est-ce possible de mettre un panneau indiquant un mauvais chemin ??? Au bout d’une heure, nous décidons de redescendre au village par la courte route y amenant en lacet. Je peux à ce moment-là constater qu’il n’y a aucun autre sentier démarrant dans les environs … rien de visible du moins ! Arrivé au bus, l’épouse du chauffeur nous reconnait (normal, il n’y a aucun autre gringos dans le canyon apparemment … du moins nous n’en aurons croisé aucun en trois jours) et nous demande si c’était beau. Je lui réponds que nous n’avons rien vu et devant son incompréhension, je lui montre jusqu’ou nous sommes montés. Sur ce, elle me répond que ce n’est pas du tout le bon sentier et que le bon démarre beaucoup plus loin !!! Hé ben, c’est cool de ta part et de celle de ton mari de nous avoir directement induit en erreur sans même chercher à nous mettre sur la bonne voie … Une journée de perdue à cause de ta « bêtise » !!! Je suis à ce moment-là très énervé par la situation: ces gens ne veulent pas du tourisme, ok … mais quand même, c’est quoi le but de l’office du tourisme de mal aiguillé les rares personnes qui viennent se perdre ici, si ce n’est les dégouter ?

Heureusement, il y a quand même une chose qui sauve la journée: la route du retour qui est juste magnifique ! Je me place du côté droit du bus afin de pouvoir filmer ces décors incroyable, digne des plus grands westerns ! Aucune photo ne peut vraiment réussir à retranscrire des lieux aussi splendide, je ferai donc un petit montage vidéo afin de rendre compte des lieux (à voir sur youtube à cette adresse: https://www.youtube.com/watch?v=4HXsE4fLVoU    – Vidéo à mettre en 1080p avec du son, ne fonctionne malheureusement pas en Allemagne et sur les téléphones mobiles). En chemin, un petit incident viendra ajouter une touche d’authenticité: nous allons crever un pneu ! Sans même s’émouvoir, le chauffeur et sa femme sorte très vite accompagné par quelques hommes. Ils sortent un pneu du coffre, un cric et des clés. La femme (!) entreprend de défaire les boulons pendant que le mari cherche à placer le cric. Malheureusement, nous sommes arrêtés en descente et il faut surélever le cric … Les hommes présents partent donc tous à la recherche des plus grosses pierres plates qu’ils pourront trouver. Quinze minutes plus tard, la roue est changée et nous pouvons repartir.

Il est passé 14h lorsque nous sommes de retour à Cotahuasi avec un goût amer … Cela fait trois jours que nous sommes ici et la seule chose accomplie est une visite aux termes de Luicho la faute a de très mauvaises indications … Je dois avouer que je commence à en avoir assez de tout cela … Les paysages sont effectivement magnifiques mais pour la première fois depuis notre arrivée en Amérique du Sud (incluant nos précédents voyages), nous ne sentons pas les bienvenues: aussi bien par les informations erronées données par tous que par le comportement d’une moitié (à peu près) de la population: aujourd’hui, une dame a refusé de s’asseoir à côté de nous alors qu’il ne restait qu’une place de disponible dans le bus. L’avant-veille, un homme avait refusé de nous renseigner sur la laguna (alors que même les enfants de six ans à qui j’ai demandé connaissaient le lieu). Souvent, nous surprenons des rires sur notre passage … Attention, je ne fais pas une généralité ! Pedro, le « concierge » de notre hostel est une des plus gentilles personnes que nous ayons rencontrée depuis longtemps, de même que pas mal de gens croisés ici et là qui parfois n’échangent avec nous qu’un sourire. Malheureusement, c’est loin d’être une majorité et ça peut être dérangeant … Un autre exemple: je me suis vu refusé un billet de dix soles sous prétexte qu’il était déchiré sur quelques millimètres … J’ai été obligé de redéposer mes achats car tout ce qu’il me restait était un billet de cent … sur lequel on ne savait évidemment pas me rendre ma monnaie ! Soit, j’espère vraiment que notre dernière journée sera un peu plus couronnée de succès, d’autant que celle en cours se terminera sur une autre mauvaise note: notre restaurant habituel est fermé exceptionnellement et nous sommes obligés de nous rabattre sur un restaurant « bas de gamme » ouvert un samedi soir … Heureusement, je peux compter sur la gentillesse de Pedro pour me changer mon billet de cent car nous n’aurions jamais pu monter dans le bus le lendemain sans cela !

Il est donc 5h40 quand j’ouvre les yeux ce dimanche. Le bus devant nous amener à notre dernière excursion dans le canyon ne démarre qu’à 6h30, c’est donc grasse mat’ aujourd’hui ! Quand nous arrivons au terminal, celui-ci est ouvert (contrairement à la veille) et après renseignement, nous devons aller acheter notre ticket directement à un guichet. Pour quatre soles par personne, nous nous retrouvons munis d’un billet avec une place assignée. Notre bus étant déjà là, nous montons déjà à bord pour constater que la préposée ne nous a pas placé l’un à côté de l’autre (nous n’aurions pas pu nous en douter, nous avons eu les sièges huit et neuf). Je laisse à mon épouse le siège individuel et je me prépare au pire: les places sont très serrées et pour un peu que je tombe à côté d’un balèze de la région, le trajet risque d’être long ! Heureusement, quelques minutes avant le départ, un jeune homme arrive et entreprend immédiatement de me parler. Je suis de plus en plus à l’aise en espagnol et j’arrive à échanger quelques phrases avec lui avant qu’il ne mette ses écouteurs dans ses oreilles, non sans m’assurer qu’il me préviendra lorsque nous arriverons à la cataracte de Sipia, objectif du jour et point principal du « tourisme » régional. Deux autres personnes sont elles aussi enchantées de voir des « gringos » et m’assurent qu’elles aussi me préviendront. Soit, nous ne devrions pas nous tromper. Ils tiennent aussi à me dire que le village de Quechualla est magnifique mais malheureusement, ça sera pour une autre fois ! Il n’y a (de nouveau) qu’un seul bus par jour dans les deux sens et comme nous descendrons avant le village, il nous sera impossible aujourd’hui d’y aller.

Un peu avant l’arrivée, mon voisin m’explique brièvement que le sentier que nous allons prendre monte et descend un peu mais qu’il ne faut qu’une vingtaine de minutes pour le parcourir (ce qui corrobore – pour une fois !- les indications de l’office du tourisme). Le chauffeur qui était lui aussi prévenu de notre destination manque de ne pas s’arrêter mais nous sommes plusieurs à gueuler en cœur pour qu’il nous dépose mon épouse et moi. Je remercie tout le monde avant de descendre et je me prend alors une belle claque dans le visage ! Nous sommes ici au fond du canyon, le long de la rivière Cotahuasi (ils se sont pas trop foulés avec les noms ici !) et le décor est tout simplement … splendide ! Les parois ne sont pas spécialement hautes mais ajoutent une touche de « cow-boys et d’indiens » a un décor rappelant les meilleures aventures de Lucky Luke !

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Pour une fois, un sentier clair est dessiné qui longe la rivière. Au loin, nous pouvons voir que nous allons croiser nos premiers touristes (qui se révèleront être des péruviens) et qui ont choisis l’option 4×4 individuel. Option que je conseillerai à toute personne venant en ces lieux afin de ne pas être dépendant comme nous des horaires absolument incompatible avec des visites en tant que touriste (normal, ces navettes sont prévues pour un côté pratique pour les locaux, pas du tout pour nous autres étrangers de passage). Nous avançons donc le long de la rivière et plus nous progressons, plus les paysages se révèlent fabuleux !

Il nous faut finalement près de quarante minutes pour arriver à l’entrée de la cataracte (normal, nous nous arrêtons en permanence afin de prendre des photos et des vidéos) décomposée en deux « sauts » pour une hauteur totale de 150 mètres d’après le panneau affiché ici. En réalité, nous ne verrons que le premier qui doit descendre d’une grosse vingtaine de mètre, la deuxième chute n’étant absolument pas visible depuis notre position. En attendant, ça ne gâche pas le plaisir car deux « sentiers » permettent d’avoir deux points de vues différents: un depuis le bord de la chute, le deuxième plus loin mais en face afin d’offrir une vue d’ensemble des lieux !

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Les touristes étant partis depuis longtemps (nous les avons croisés sur le trajet), nous sommes absolument seuls pour profiter de ces lieux incroyables et ce pendant plus d’une heure ! Je dois avouer que le côté « anti-touriste » a aussi ses avantages: nous ne risquons pas de croiser ici un groupe ou même beaucoup de monde !

Une grosse heure avant le passage du bus, nous décidons de retourner à l’arrêt afin d’être sur de ne pas le rater. Nous devrons attendre bien évidemment mais bien nous en a pris car ce dernier passe avec dix minutes d’avance sur l’horaire établi. Il est bien évident que le chauffeur n’aurait pas attendu notre arrivée si nous n’avions pas été là, prudence donc ! Comme nous montons sur le chemin, les places assises sont bien évidemment toutes prises et nous devrons parcourir la quasi-totalité du trajet debout (quelques rares places s’étant libérées un peu avant notre arrivée) au milieu d’une odeur assez désagréable … Soyons honnête, dans ces petits villages, l’hygiène n’est pas toujours une priorité et ça se ressent d’autant plus dans des lieux clos comme celui-ci. Finalement, il est 11h quand nous sommes de retour au terminal de Cotahuasi.

Nous réintégrons notre chambre (je me suis arrangé pour la garder jusque 18h, une heure avant le départ de notre bus pour Arequipa) avant de ressortir manger un excellent menu à notre cantine préférée: le dimanche, c’est jour de fête et les menus sont encore plus élaborés. Pour nous, ça sera un trio de plat axé sur le thème de la mer ainsi que deux plats à emporter pour le soir. En effet, après renseignement, il s’avère que ce restaurant est fermé le dimanche soir ! Nous irons ensuite nous reposer et préparer nos sacs avant de nous faire virer de notre chambre à 15h30 par la femme de ménage. Je demande à Pedro ce qu’il en est et il est bien embêté: sa patronne (que nous n’aurons vu qu’une fois dix minutes et avec qui nous n’aurons pas plus accroché que cela) a donné des consignes sous prétexte que des gens vont arriver pour cette chambre là. Je négocie une demi-heure de rab afin de prendre une douche et de faire nos sacs et nous attendrons l’heure de nous rendre au terminal sans jamais voir qui que ce soit ! Après avoir mangé notre plat acheté ce midi, Pedro nous appelle un taxi qui nous emmène au terminal.

Ici à Cotahuasi, on ne s’encombre pas des mêmes règles de sécurité: pas d’enregistrement des bagages, pas de prise d’empreinte, pas de film de nos têtes. Le trajet se déroulera sans souci majeur et sera beaucoup plus rapide qu’à l’aller: nous avons démarré à 19h pile pour arriver à 3h15 à  Arequipa soit 8h15 de trajet au lieu des presque dix de l’aller. En chemin, nous ferons une pause-pipi à très haute altitude, dans la neige ! Arrivé au terminal, nous prendrons un taxi qui nous ramènera à la même posada qu’avant notre départ, ou l’un des deux gérants nous attend avec notre chambre toute prête ! Quel bonheur de pouvoir enfin se reposer convenablement !

En conclusion, le canyon est un endroit franchement magnifique et ayant un immense potentiel dont nous n’avons fait qu’aborder les quelques gros points « touristiques ». Malheureusement, je pense que si l’on veut le faire en indépendant sans véhicule, il faut prévoir une semaine voire dix jours pour avoir la possibilité d’utiliser les navettes avec leurs horaires particuliers et pour pouvoir randonner à son aise. Pour moi, la meilleure solution est d’avoir son propre 4×4 ou alors de passer par une des agences à Arequipa (ou même sur place à Cotahuasi) qui vous emmènera visiter tous ces lieux. Le deuxième point un peu rédhibitoire est l’attitude d’une partie (j’insiste sur le mot partie) de la population, pas dans les plus sympas rencontrés dans ce pays ni même dans ce merveilleux continent … Si vous cherchez la facilité d’accès, optez plutôt pour le canyon de Colca, nettement mieux desservi. Si vous cherchez de l’authenticité, foncez sur Cotahuasi mais soyez bien conscient des difficultés que vous risquez de rencontrer …

Maintenant, nous sommes de retour pour deux jours à Arequipa afin de soigner définitivement la dent de mon épouse ! Ensuite, dans deux jours c’est direction le plus haut lac navigable du monde au nom amusant: le lac Titicaca !

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