Jour 8, Jour 9 & Jour 10: L’exploitation forestière de Bosque de Paz

A 8h pile, notre chauffeur arrive devant la maison d’Antonio. Les enfants sont déjà partis avec leur grand-père, nous n’aurons donc pas l’occasion de leur dire au revoir une dernière fois. Rosita et sa fille sont là et c’est elles qui nous accompagneront jusqu’au van venu nous chercher. Nous redescendons alors tout le chemin en direction de Cotacachi, le village le plus proche, d’ou nous pourrons prendre notre bus en direction du nord. Notre chauffeur (qui est aussi l’homme qui nous avait reçu dans son agence et que je n’avais pas reconnu) n’oublie bien évidemment pas de nous réclamer l’argent de la randonnée de la veille (j’ai bien du mal à lui donner tant je ne comprends toujours pas à quoi a bien pu servir notre guide) lorsque nous arrivons au terminal de bus du village. Nous lui disons au revoir sans nous épancher (les services fournis par cette agence sont finalement d’assez mauvaises qualités !) et nous dirigeons vers le terminal ou nous cherchons les guichets des compagnies.

Rien de tout cela ici ! Nous regardons donc les destinations indiquées sur les bus jusqu’à trouver la nôtre: San Antonio de Ibarra, plus communément appelé Ibarra, à une demi-heure de route vers le nord-est en direction de la Colombie. Pour 55 cents par personne, nous pouvons embarquer et à peine trois minutes plus tard, nous démarrons. Pas grand monde au départ de Cotacachi mais au fur et à mesure que nous avançons, le bus se remplit grâce aux nombreux arrêts effectués par notre chauffeur pour charger des passagers. Tout d’abord dans le village même, puis avant de monter sur l’autoroute, puis carrément sur l’autoroute (oui oui, il suffit de s’arrêter avec ses quatre feux clignotants sur la première bande et embarquer ceux qui veulent !). Au final, le trajet qui devait durer une demi-heure nous prendra un peu moins d’une heure car nous n’avons jamais roulé plus de deux minutes sans nous arrêter. Nous ne sommes pas vraiment pressé et il est rigolo de voir toutes ces indiennes en costume traditionnel chargé leurs achats du marché dans les soutes du bus.

Alors que l’on arrive enfin à Ibarra, il faut faire une première constatation: c’est moche ! Du moins ce que l’on en voit maintenant (et ce que l’on en verra par après aussi …) ! Heureusement, nous n’avons aucunement prévu d’y rester car ce qui nous intéresse est d’y reprendre le plus vite possible un autre bus vers notre destination finale: El Limonal ! Nous arrivons donc dans un grand terminal ou tout les bus sont alignés comme à la parade. La destination que nous cherchons n’est clairement pas la plus recherchée et d’ailleurs rares sont les compagnies qui proposent le trajet en direction de San Lorenzo, une ville sur la côte située à un peu moins de 200 kilomètres de là. Nous finissons malgré tout par dénicher le bon bus et l’on s’adresse au chauffeur. Impossible d’acheter le ticket, il faut ressortir des quais pour aller au guichet. Ne voulant pas nous balader avec nos gros sacs, je laisse mon épouse et tout notre barda sur un banc et passe le tourniquet pour me retrouver dans un grand hall ou toutes les compagnies sont représentées. Je cherche un peu avant de trouver le bon et achète deux places (4.4$ pour deux) avant de revenir vers le quai. Pour pouvoir passer le tourniquet, je dois me fendre de 10 cents supplémentaire afin d’acheter un ticket que l’on valide pour moi. Moins de cinq minutes plus tard, le bus démarre !

Pour la première fois, il y a bien évidemment des passagers dans le bus mais aussi des marchands ambulants. Avant de démarrer, ce sont des vendeurs de journaux ou de bonbons qui passent mais lorsque le bus se met en marche, c’est à un autre style auquel nous avons droit. Le vendeur qui vient d’arriver se met tout à l’avant du bus et commence à haranguer la « foule » que nous sommes, en parlant sans discontinuer. Son discours durera plus de 20 minutes et ce qui en ressort, c’est que grâce au médicament qu’il vend, on peut soigner à peu près tout: du simple rhume à l’addiction à la cigarette en passant par les maux de ventre et le cancer. Ce médicament est tellement efficace qu’il ne comprend même pas ne pas être milliardaire ! Le moment le plus drôle, c’est que lorsque quelques Equatoriens se décident à en acheter, il se remet à parler en proposant maintenant une promotion (style quatre achetés, cinq reçus) ! Est-ce que les gens qui viennent d’en acheter voudrait profiter de la promotion ? Ben, ils se sentent un peu bête donc forcément oui … Malin le vendeur ! Au bout d’un moment, il se décide enfin à nous quitter, peu après être sorti de la ville (ça a pris du temps car on a du faire le plein du bus avant de partir).

Pendant une heure trente, nous roulons dans un paysage surréaliste, composé de nombreux canyons dans lesquels nous rentrons par un côté et ressortons de l’autre. A chaque village croisé sur cette unique route, qui longe la frontière colombienne à moins de 25 kilomètres de là, des gens descendent et d’autres montent. Nous sommes un peu stressé de rater notre arrêt car rien n’est indiqué et malgré le fait d’avoir demandé à l’assistant de nous prévenir, nous ne sommes que moyennement confiant. Heureusement, nous pouvons à nouveau compter sur la gentillesse des Equatoriens qui, entendant notre destination, se feront un plaisir de nous signaler ou l’on doit s’arrêter c’est à dire à l’entrée de ce minuscule village d’à peine 300 habitants: El Limonal !

Pourquoi sommes-nous ici pourrait-on se demander ? Tout simplement parce que dans mon guide du routard, il parle de Piet et de sa propriété « Bosque de Paz ». Piet est un belge qui s’est expatrié en Equateur voici 25 ans et qui est à la tête d’une exploitation de plantes et d’arbres en tout genre. Il propose aussi quelques chambres dans son domaine et j’avais pris contact avec lui voici plusieurs mois. J’avais reconfirmé notre arrivée il y a peu et donc nous voici. Dans notre guide, ainsi que sur son site, il est indiqué que des panneaux indiquent la direction de son domaine, situé à 600 mètres de l’arrêt. Problème: aucun panneau de ce genre ! Heureusement, un 4×4 s’arrête devant moi et le conducteur me demande si j’ai besoin d’aide. Je lui demande si il connait Bosque de Paz, ce à quoi il répond par l’affirmative et propose de nous emmener. Je négocie le trajet pour 1$ avec lui et nous embarquons dans son véhicule datant d’il y a au moins 20 ans. Il rentre alors dans le village pour en ressortir par l’autre côté, sur une piste toute en montée. Heureusement qu’il était là celui-là ! Vu la chaleur et la pente, on serait arrivé complètement lessivé devant la propriété !

Après nous avoir déposé devant une « barrière » composée de trois bambous, il fait demi-tour après avoir empoché son dollar. Après une ou deux minutes à se demander comment appeler le propriétaire, nous remarquons un système de sonnette ressemblant à un triangle (l’instrument, sauf que celui-ci est rond … ce n’est donc pas exactement comme un triangle !). Je sonne une fois puis deux et arrive un homme, la bonne cinquantaine, assez mince et portant une petite moustache. Nous faisons les présentations en espagnol avant de lui demander si il parle anglais. Heureusement pour nous, c’est le cas même si à ce moment-là, il n’a pas l’air très heureux à l’idée de parler cette langue. Il nous fait donc passer la barrière et nous descendons en direction du bâtiment principal constitué d’une grande terrasse couverte en son centre. C’est la « salle commune », ouverte des deux côtés qu’occupent trois grandes tables et des bancs.

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Quatre chambres donnent sur celle-ci et à première vue, nous sommes les seuls clients (ce qui nous sera confirmé par la suite et ce jusqu’à la fin de notre séjour ici). Il nous montre la chambre et surtout le balcon privé attenant et nous propose une boisson fraiche. Vu la chaleur étouffante, nous acceptons volontiers de l’eau bien froide (chose assez rare ici en Equateur, les boissons étant la plupart du temps à température ambiante) pendant qu’il prépare en vitesse notre salle de bain et notre lit double (notre chambre compte en plus deux lits simple). Le confort est rudimentaire car à part les lits, il y a un porte-manteau, une table de chevet avec une petite lampe dessus. C’est tout mais finalement c’est plus qu’assez ! La grande fenêtre est composé à moitié de carreaux et l’autre moitié de moustiquaires et sur le rebord, quelques gros insectes morts. Bon, le ménage n’est pas vraiment fait mais les draps sont propres ainsi que les essuies, nous n’en mourrons donc pas.

Nous lui demandons alors comment fonctionne la vie ici au jour le jour, sachant qu’il propose sur son site des repas à midi et au soir. Vu que l’heure de midi est déjà passée, nous commençons à avoir faim mais c’est là que nous apprenons la nouvelle: sa femme n’habite plus ici et il ne propose plus de repas à cette heure-ci. Par contre, il veut bien nous accompagner jusqu’au village afin de nous emmener manger un almuerzos (ce petit menu pas cher que l’on sert partout en Equateur) dans une bonne cuisine. On a pas vraiment le choix, nous acceptons donc sa proposition. Il nous demande cinq minutes, le temps d’aller prendre une douche, et nous nous mettons en route. Arrivé au village, nous faisons un détour par l’épicerie car Piet a des achats à faire. Pas de bol, à cette heure-ci, tout est fermé et il ne nous reste plus qu’à rejoindre la grand-route qui descend fortement et ou nous nous sommes arrêtés. La cuisine ou il veut nous emmener est tout en bas de la pente et nous sommes déjà en train de nous imaginer la remonter avec le ventre plein et la chaleur qui nous écrase.

Le repas qui nous est servi est semblable à tous les almuerzos: une soupe en entrée puis du riz, des légumes et du poulet accompagné d’un grand verre de jus de fruit frais (dans ce cas-ci avoine (!) et ananas, un régal !). La grande différence, c’est qu’ici tout est vraiment très bon, notamment le poulet ! Nous payons le repas à Piet (à peine 2$ par personne) et remontons quelques dizaines de mètres derrière lui la côte (mon épouse voulait voir ce qu’il y avait plus bas mais la réponse est: rien !). Il aura donc pris de l’avance sur nous. En même temps, il doit être gonflé à bloc après s’être enfilé trois énormes bols de soupe, son assiette plus une partie de celle de mon épouse !

Lorsque nous arrivons à la propriété, il n’y a personne car Piet est parti faire ses courses. Nous attendons donc une petite dizaine de minutes avant de le voir arriver, son bob tout défraichi sur la tête. Jusque 16h, ça sera repos pour tous, la chaleur étant réellement écrasante. Impossible pour Piet de travailler dans ces conditions là et pour nous d’aller nous balader. Nous devons donc attendre que le soleil tape un peu moins avant d’être convié par Piet a aller visiter sa propriété. Nous acceptons avec plaisir et après avoir enfilé nos grosses chaussures, nous le suivons.

Tout son « jardin » se trouve dans une sorte de vallée au fond de laquelle coule une petite rivière. Des dizaines d’espèces de plantes et d’arbres sont plantées ici: arbres fruitiers de toutes sortes, bambous, herbes afin d’être revendues. Il s’est aussi spécialisé dans la permaculture, qui est en fait un processus permettant d’être très économe en énergie et qui se veut au plus proche de la nature. Pas question ici de plantations bien alignées, il laisse faire la nature et récolte ce dont il a besoin.

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La balade dure une bonne heure pendant laquelle nous irons jusqu’au bout de sa propriété. Plus loin se trouve les terrains qu’ils visent pour continuer à s’agrandir et dans lesquels nous allons brièvement marcher. Piet se révèle une mine d’informations sur la nature environnante et sur les techniques de plantations. Durant toute notre marche, nous sommes accompagné de son chien Scrapy, de la race delmerca (del mercado – du marché – équivalent du zinneke chez nous en Belgique, un croisé en somme !).

Durant toute cette balade, Piet en profite pour déblayer le sentier à coup de machette ou pour cueillir les citrons qu’il utilisera pour faire notre limonade de demain matin. Lorsque nous sommes de retour à la propriété, Piet me demande si je peux lui filer un coup de main en allant chercher avec lui deux longues perches de bambou que nous devons remonter jusque tout au dessus de sa propriété. J’accepte sans problème mais lorsque c’est fini, je suis complètement trempé ! C’est dingue ce que ça pèse ces affaires là et la côte a remonté est solide. Nouveau détour donc par la douche avant que Piet ne nous serve notre repas.

Au menu, de la soupe de tomate, du pain noir et du fromage accompagné d’un thé à la menthe et anis. Le tout est fait maison et pour qui me connait un peu sait que ce n’est pas ce genre de repas que j’aime manger. Sauf que là, tout est un pur délice et je me ressers plusieurs fois de soupe (pour une fois bien assaisonnée !) ! Au fur et à mesure du repas, l’ambiance avec Piet se relâche et il se révèle d’une compagnie vraiment très plaisante. Après tout cela, il nous propose de visionner le diaporama sur les problèmes écologiques du monde et de l’Equateur en particulier. Très intéressant et assez bien foutu, il nous explique pendant une bonne demi-heure les ravages de la déforestation à travers le monde ainsi que les pistes qu’il souhaite explorer pour remédier à cela. Après cela, il est déjà passé 21h et il nous annonce qu’il va se coucher. Après une journée aussi intéressante, nous décidons de faire pareil !

La nuit fût calme malgré la présence de nombreux moustiques pour qui c’est l’heure de manger. J’en suis quitte pour remettre du produit contre ces sales bestioles en pleine nuit ! Mais un tel silence n’a pas de prix et lorsque le soleil se lève, nous sommes en pleine forme pour attaquer notre journée ! Après un bon petit-déjeuner, Piet nous donne des infos sur ce que nous comptons faire ce matin, à savoir une rando depuis un des points les plus élevés de la région: El Puerto ! Pas question de monter tout là-haut à pied, il nous faudrait des heures sans en plus y trouver un réel intérêt. Il nous propose donc de retrouver son copain José qui habite le village et qui moyennant quelques dollars sera prêt à nous monter au sommet dans son pick-up. Ensuite, nous n’aurons plus qu’à redescendre tout le chemin jusqu’au village. En gros, trois heures de marche en descente permanente ! Ca devrait aller.

Après avoir fini nos préparatifs, nous descendons la piste jusqu’au village afin d’y trouver le fameux José. On trouve effectivement bien un pick-up mais pas l’homme en question. Personne n’a l’air de savoir ou il est mais ce n’est pas grave, le mari de la vendeuse de fruits et légumes est prêt à nous y emmener pour le même prix. Aucune différence pour nous, ça ne sera pas José mais Pablo ! Comme dans la cabine du pick-up il n’y a que deux places, je monte dans la benne couverte et m’assieds bien au fond. Pablo met le moteur en marche et en avant pour une demi-heure de piste bien défoncée qui grimpe, qui grimpe, qui grimpe ! Etant tout seul sans moyen de communiquer avec mon épouse, j’en profite pour déjà admirer le paysage que nous verrons en redescendant. Ca va être sublime !

Arrivé au sommet, Pablo nous dit que nous sommes arrivés. Effectivement, Piet nous avait parlé d’une école en théorie abandonnée.

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Sauf qu’en fait, quelques élèves – même pas une dizaine – sont assis à leurs bancs. Dès qu’ils nous aperçoivent, ils nous font tous des signes car on ne doit pas être nombreux comme touristes dans la région (nous n’avons vu que nous depuis deux jours !). De là-haut, on ne voit en fait pas grand chose car la vue est bouchée par une forte végétation. Il faut donc que nous commencions notre descente pour pouvoir admirer l’incroyable enchevêtrement de montagnes et de gorges formant un tableau splendide. Certaines sont complètement nues à cause de feux provoqués par des imbéciles (dixit Piet), les autres sont recouvertes d’une végétation quasi tropicale. Ca forme un patchwork de couleur vraiment étonnant !

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Après une dizaine de minutes, nous croisons bien une ou deux maisons avec son lot de chiens, de poules et de fleurs. Même ici, reculé de tout, les maisons sont admirablement fleuries. Par contre, pour la première fois, la dame qui se trouve là ne répond pas à notre salut. Bah, ce n’est pas elle qui va changer ce que l’on pense jusqu’à présent des Equatoriens et de leur formidable accueil !

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Pendant donc trois heures, nous descendrons ainsi cette montagne en ayant toujours sous les yeux cet incroyable paysage. Piet m’avait demandé de prendre des photos de son exploitation depuis là-haut afin de pouvoir constater les dégâts du au feu. On cherche un peu pour repérer la bonne habitation (pas évident de se repérer ici !) et ce que l’on voit est assez triste: si l’on excepte son domaine complètement recouvert de végétations, tout les alentours sont brûlés ! Encore plus triste, tout le monde au village sait qui c’est mais la police ne voudrait même pas prendre une plainte éventuelle … Ca ferait gonfler de la mauvaise manière leurs statistiques ! Et puis d’après Piet, quand bien même l’auteur serait condamné qu’il s’en sortirait avec une tape sur la main …

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Tout ça ne nous empêche quand même pas de profiter d’une rencontre impromptue avec deux chevaux ou bien avec un couple d’aigles qui nous tournent autour prêt à manger nos carcasses.

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Hé oui, le seul problème de cette rando, c’est le soleil ! Il fait plus de 30 degrés et il n’y a un pas un centimètre carré d’ombre durant la quasi-totalité de la marche. Par trois fois, on se retartine de crème solaire à indice très élevé car on sent que notre peau chauffe et on profite des très rares moments ou le vent souffle un peu pour nous rafraichir. Mais finalement, nous rejoignons sans problème le petit village voisin du notre: Guallupe. Les quelques personnes présentes dans la rue sont en train de prendre le frais grâce à l’ombre de leurs habitations. On voit bien qu’au fond d’eux-mêmes ils se demandent ce qui peut bien nous prendre de faire un effort physique par un tel temps mais ça ne les empêche pas de nous sourire malgré tout.

Arrivé à El Limonal quelques minutes après, il faut prendre une décision concernant notre repas. Il n’est que 11h30 mais nous ne voulons pas remonter chez Piet (le chemin est vraiment escarpé !) pour en redescendre tout de suite après. Nous décidons donc de poursuivre notre descente jusqu’à la petite cuisine de la veille afin d’y manger un nouveau almuerzos … En fait, ça sera exactement le même que la veille, seul le jus est différent ! Après tout cela, il est midi et nous remontons péniblement pendant une grosse vingtaine de minutes sous le soleil et avec le ventre plein jusqu’au domaine de Piet.

Jusque 16h, ça sera à nouveau repos pour tout le monde. Comme la veille, il est juste impossible de travailler dans ces conditions. Ensuite, Piet nous appelle et nous demande si notre proposition de l’aider tient toujours. Nous lui répondons que bien évidemment et nous nous remettons en tenue pour aller un petit peu jardiner. Nous avons chacun notre tâche: Aurore va devoir arroser un par un la trentaine d’arbres porteur du fruit du dragon pendant que moi, je dois remplir de terre des sachets qui serviront à y mettre de jeunes pousses. Pas le travail le plus intéressant en soi mais si ça peut rendre service alors ma foi, pas de souci. Piet en profite pour discuter un peu avec moi puis prend lui aussi un tuyau d’arrosage pour asperger toutes les pousses déjà prêtes. Ca représente un travail d’une bonne heure avant que je n’aille remplacer mon épouse qui n’a toujours pas fini son arrosage. Quand tout cela est fini, nous sommes trempés tant la chaleur est encore forte et nous sommes obligés de repasser sous la douche !

Le repas du soir sera toujours aussi bon avec une omelette mélangée à du riz et assaisonnée de différentes herbes. Mais il ne nous en faut pas plus et vers 20h, nous souhaitons une bonne soirée à Piet et nous allons nous détendre en regardant un épisode de notre série en cours …

Après une nuit similaire à la précédente et à un petit-déjeuner tout aussi semblable, nous sommes parés pour attaquer notre dernière journée dans ce cadre incroyable. Nous avions émis l’idée d’aller faire une excursion dans une mangrove mais après en avoir discuté avec Piet, nous aurions du faire cinq heures de bus aller et retour pour nous y rendre. Pas question de passer autant de temps dans les transports (d’autant plus que demain, nous ne ferons que cela !), nous nous rabattons donc sur une autre petite rando sur les conseils de Piet. Il nous griffonne un plan de la marche que nous voulons faire et après avoir mis mon sac sur mes épaules, nous sommes partis !

Pour expliquer cette marche, il faut se rappeler que le domaine de Piet se trouve sur le versant d’une toute petite vallée qui se termine en cul-de-sac. Le fond de cette vallée est recouverte par toutes ses plantations et par une petite rivière mais tout au bout se trouve un minuscule village appelé Luz de America (introuvable sur une carte, j’ai essayé), but de notre rando.

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Pour nous y rendre, nous pourrions utiliser le sentier qui passe devant le domaine (le village étant au bout de celui-ci) mais ça n’aurait pas beaucoup de sens. Piet nous propose à la place de repartir vers El Puerto et juste après être sorti du village de Guallupe, de bifurquer sur un minuscule sentier. Celui-ci est en fait l’ancien chemin utilisé par les chercheurs d’or de la région (parait-il qu’il y en avait dans cette rivière !). Depuis notre salle commune, on voit sans problème le chemin qui passe de l’autre côté de la rivière, à à peine une cinquantaine de mètre à vol d’oiseau.

Nous repartons donc tout d’abord sur nos traces d’hier et trouvons facilement le départ de ce sentier. Au début, il est même assez large mais très vite, il se rétrécit jusqu’à devenir à peine assez large pour y mettre nos deux pieds l’un à côté de l’autre. Le soleil est déjà bien présent, ainsi que la chaleur écrasante, mais heureusement la végétation est ici beaucoup plus dense, offrant quand même quelques zones d’ombres.

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Néanmoins, nous sommes quand même complètement en sueur lorsque nous arrivons en vue du village. Mais arrive le moment ou le chemin … disparait ! A la place, une espèce de talus composé de terre très friable que l’on doit traverser de côté. Mon épouse se trouvant devant moi et étant dans l’incapacité de passer devant elle à cause de l’étroitesse des lieux, elle doit partir en éclaireur. Ca s’écroule pas mal sous nos pieds et nous sommes obligés de nous pencher fortement vers le sommet afin d’éviter de glisser mais au final, ça passe ! oups nous retrouvons alors le chemin, à nouveau plus large par ici.

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Nous traversons le minuscule village composé d’une grosse dizaine de maisons assez pauvre sous les yeux plus qu’étonnés des quelques habitants du coin. Nous aurons quand même droit à des bonjours de la part de tout le monde ainsi qu’à des considérations très profonde, du style: « Beaucoup de soleil hin ? Il fait chaud non ? ». Ce à quoi nous répondons par des grands sourires qui leurs font plaisir et nous nous quittons bons amis.

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Au fond du village, un grand tournant permet de repasser sur l’autre versant de la vallée et de revenir vers le domaine de Piet. Quelques femmes sont en train de nettoyer leurs linges dans la rivière et elles aussi nous font signe de loin. Finalement, après 2h30 de marche nous sommes de retour chez Piet.

Il est 11h et nous hésitons sur la marche à suivre. Nous sommes trempés de sueur mais nous avons peur d’avoir difficile à nous remettre en route pour aller manger un bout si nous rentrons maintenant. De plus, les almuerzos commencent déjà à nous sortir par tout les trous donc nous décidons d’aller dans une des petites épiceries du village afin de trouver autre chose à manger. Dans les trois que nous visiterons, impossible de trouver autre chose que du thon en boite que je déteste au plus haut point. C’est donc résigné que nous nous décidons à redescendre jusqu’au restaurant de la veille et à manger le même plat. Heureusement, juste avant d’y entrer, on remarque une minuscule épicerie avec un panneau à l’entrée indiquant qu’elle vend du fromage. Ni une ni deux, nous nous dirigeons vers elle afin d’y acheter de quoi manger ce midi: petits sandwichs, fromage et une petite bouteille de coca … froid ! Aaaaah il fait du bien celui-là ! On prend aussi des espèces de glaces à l’eau remplie de colorant qui auront comme seul avantage de nous refroidir temporairement. Après cela, il faut regrimper toute cette énorme côte jusqu’à arriver au domaine ou nous pouvons enfin diner et nous reposer …

Un peu avant 16h, Piet nous propose à nouveau de l’accompagner. La mission, si du moins nous l’acceptons, est de planter deux plants de bananier à l’autre bout de la propriété, non loin de la rivière. Il nous montre d’abord comment récupérer les plants, à partir d’un autre bananier, puis c’est à mon tour de m’exécuter. Rien de compliquer la dedans, la machette passe dedans comme dans du beurre. Nous mettons nos deux plants dans un panier tressé que je passe sur mon dos et Piet prend lui le panier rempli du matériel dont nous aurons besoin. Ensuite, nous remplissons deux grands sacs de jute avec du compost puis nous voilà parti tout les trois jusqu’aux trous qu’il a déjà creusé. Ben, croyez le ou non mais un bananier … ça se plante comme les autres arbres. J’ai d’abord l’honneur de planter le premier puis mon épouse le second. C’est bien beau tout cela mais il leurs faut de l’eau à ces enfants là. Nous repartons donc en direction de son système d’irrigation afin de dévier une partie de la rivière vers les deux plants. C’est à ce moment là que mon épouse décide d’aller s’empaler la main sur une belle et grosse épine de cinq centimètres. La main en sang, elle est obligée de rentrer à la chambre afin de désinfecter cela. Après m’être assuré que ça irait, je continue la besogne avec Piet. On coupe un arbre, on rentre dans une citerne afin de mettre en place un système de vases communicants puis quand l’eau arrive au bon endroit, on installe des rampes de bambous afin d’amener l’eau exactement ou l’on veut. C’est comme un jeu vidéo, c’est vraiment terrible ! Finalement, au bout de deux heures, Piet est content et propose de rentrer ce que j’accepte avec plaisir. Je suis trempé et piqué de partout mais ça en valait le coup, j’ai appris pas mal de choses aujourd’hui. Ce soir, ce sera un petit repas avant une petite nuit de sommeil. En effet, demain c’est lever à 5h afin de prendre le premier d’une longue série de bus qui doit nous faire traverser la moitié du pays.

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